«Au Grand Camarade de Lutte»

Publié le mercredi 14 octobre 2015

« Mathieu Kérékou, aura été, en son corps défendant, l’accoucheur du renouveau démocratique. Car la Conférence nationale souveraine de février 1990, la première jamais tenue sur notre continent, aurait pu être, au mieux, une symphonie inachevée, au pire, un cauchemar. L’homme était acculé. On ne lui demandait pas moins de sortir de scène, de faire son baluchon, après dix-sept ans d’un règne sans partage et de débarrasser le plancher sans autre forme de procès. Mathieu Kérékou s’exécuta, certifiant qu’il avait entendu l’appel pressant au changement de son peuple.

Ensuite, Mathieu Kérékou perdit les élections de 1991 et partit sans demander son reste. Il eut le courage et l’humilité, derrière les filaos de sa maison de fonction, de se refaire à la vie ordinaire d’un citoyen ordinaire. Le culte de la personnalité du régime socialo communiste qui l’avait alors consacré « Grand Camarade de lutte », dans la lignée des Fidel Castro et autres épigones du marxisme-léninisme de l’époque, ne l’avait pas obnubilé au point de l’empêcher de descendre du piédestal où il fut hissé. Il retrouva, au milieu des siens, la vie simple d’un homme qui a su simplement se reconvertir à une vie nouvelle.

Mathieu Kérékou, ce fut cet homme qui rempila en 1996, après s’être fait élire démocratiquement, avec les suffrages du peuple, alors qu’il était entré en politique, la première fois, à la faveur d’un coup d’Etat militaire en 1972, avec les armes du peuple. Retour inattendu de l’ancien révolutionnaire à l’avant-scène. Retour marqué d’actes mémorables et d’une portée symbolique sans pareille. Les Béninois en ont-ils saisi le sens, en ont-ils moissonné les enseignements ? Mathieu Kérékou, revenu au pouvoir, associa à son administration, dans un esprit de grande tolérance, ses pires adversaires d’hier. Emile DerlinZinsou, Gratien Pognon, deux de ses anciens conseillers, n’étaient que deux des cerveaux pensants de l’action militaire du 16 janvier 1977 alors dirigée, depuis l’extérieur, contre son régime.

Enfin, en 2006, Mathieu Kérékou, après deux mandats, se retira, comme en disposait la constitution, de la scène politique. Fut-il tenté de jouer les prolongations au pouvoir et de tripatouiller, pour ce faire, la constitution ? C’est bien possible. Mais l’histoire ne s’écrit pas à partir des intentions des acteurs. Elle retient les actes que les hommes posent. Mathieu Kékérou partit. La constitution fut respectée en sa lettre et en son esprit. Il n’y aura pas de gomme pour effacer ce qui a désormais valeur d’exemple. »

 Jérôme Carlos

La chronique du jour du 26 novembre 2008


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