Victoire presque incolore

Publié le jeudi 22 octobre 2015

Le dimanche prochain, les Ivoiriens sont appelés aux urnes pour élire un nouveau Président de la République. L’enjeu de ce scrutin est le taux de participation. Les Ivoiriens iront-ils vraiment aux urnes pour donner une légitimité pour une victoire acquise d’avance par le Président sortant ? C’est bien là que situe la valeur de ce scrutin du 25 octobre 2015. Cette élection est émaillée de plusieurs irrégularités susceptibles de mettre en doute la fiabilité de la liste électorale. Face à des candidats tout aussi légers que financièrement handicapés, Alassane Ouattara a pris de l’avance. Comme en témoignent les affiches, tee-shirts, pagnes…

L’indifférence des ivoiriens tend à saper la légitimité de la victoire probable du candidat Alassane Ouattara (1) et à remettre sur le tapis l’épineuse question de la réconciliation nationale (2).

  1. Une victoire dans l’indifférence

Le faible taux de participation est ce que craignent les autorités ivoiriennes. Elles ont été contraintes à supplier les populations de retirer leurs cartes d’électeurs. Et ce par le phénomène du porte à porte. L’angoisse, c’est d’avoir une participation la plus faible de l’histoire électorale de la Côte d’Ivoire. La communauté internationale pourrait changer d’avis sur la vitalité de la démocratie ivoirienne. Autrement dit, un désamour effectif pour cette présidentielle permettra de saisir contour réel du charisme supposé du Chef d’Etat Ivoirien. Une démocratie où le taux de participation est très faible est sans aucun doute une démocratie malade, en comas. Il y a lieu de chercher les remèdes pour rendre une telle démocratie vivante. Mais en attendant, explorons l’épineuse question de la réconciliation nationale comme une des causes de l’indifférence.

  1. L’épineuse question de

la réconciliation

La justice ivoirienne et internationale ont fait le choix de ne juger que les partisans de Laurent Gbagbo et ce dernier. Du coup, le sentiment d’une justice des vainqueurs anime plus d’un. Face à une communication omniprésente, la machine de Ouattara a réussi à peindre le camp de Gbagbo comme l’ennui du développement de la côte d’Ivoire. Les commissions  » Vérité et Réconciliation  » ont lamentablement échoué. Les rebelles qui ont pris les armes depuis les villas de Ouaga 2000 règnent en maîtres. Ils sont promus et narguent tout le monde.

Konan Banny dénonce une fraude institutionnelle, une machine à fabriquer du K.O. Dans ces conditions, l’ombre de Laurent Gbagbo continue de planer sur la Côte d’Ivoire. Dès lors, il est pertinent de se demander pourquoi aller aux élections pour légitimer la justice des vainqueurs ? Quoi qu’il en soit, Alassane Ouattara sera élu. Mais à quel prix ? Probablement dans l’indifférence.

Herbert-Tauyé HOUNGNIBO


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