Hommage à la mémoire du Général Mathieu Kérékou : Regrets et désolation des victimes du Prpb

Publié le dimanche 18 octobre 2015

Depuis le mercredi 14 octobre 2015 où le Général Mathieu Kérékou a tiré sa révérence, la Nation lui rend un hommage mérité. Chacun y va de son cœur y compris les victimes vivantes de la parenthèse noire du parcours présidentiel de l’illustre disparu. Wouanwa Thérèse, Dénis Sindété, Osséni Agbétou, Paul Essè Iko, Philippe Noudjènoumè, pour ne citer que ceux là n’ont pas fait comme les autres. Victimes du régime militaro-marxiste du Parti de la révolution populaire du Bénin, ils ont raconté la partie noire du parcours du fils de Kouarfa.

Wouanwa Thérèse : Présidente du Bureau des étudiants de la Coopérative universitaire du Bénin de l’air révolutionnaire/ membre du Pcb

« En principe, le décès d’un être humain suscite la tristesse. Mais à voir ce que j’ai vécu sous le régime du Général Mathieu Kérékou, je suis tenté de pousser un ouf de soulagement. Mathieu Kérékou a été très négatif dans ma vie et il a continué de l’être jusqu’à son dernier souffle. Même n’étant plus au pouvoir, il a continué d’influencer les décisions négatives qui avaient conduit notre pays dans un gouffre total, une faillite indescriptible. Durant mes expériences, il a été le dictateur le plus sauvage. C’est un homme qui ne craint pas Dieu. C’est l’homme qui a tué froidement le capitaine qu’il a soupçonné d’adultère avec sa femme. Parce qu’il avait soif du pouvoir, il a pu mettre sa femme qui lui a fait des enfants, nue. C’est un individu qui allait marcher sur les cadavres s’il n’avait pas en face de lui le Parti communiste organisé qui avait accepté tous les sacrifices endurés et que nous continuons d’endurer. Ceux qui lui font des éloges tordent le cou à l’histoire et ils seront rattrapés par la même histoire. Ce sont les luttes du peuple qui ont obligé l’impérialisme français à organiser le folklore qu’est la conférence des forces vives de la nation en 1990 parce qu’il ne fallait pas que la vérité éclate. Les vrais patriotes savent que Mathieu Kérékou est u tyran, un dictateur sanguinaire. C’est l’homme qui a dissous toutes les autres organisations. En son temps, on ne parle pas autre langage que le Prpb. J’ai fait la prison d’Abomey-Calavi où j’ai été gravement torturée. Je rappelle qu’à Gbégamey, à l’occasion d’une réclamation des bourses et secours universitaires, il y avait des pertes en vies humaines, dont le jeune élève Atchaka Parfait et d’autres victimes que sont : Luc Togbadja, Akpokpo Glèlè Rémi. J’étais allé en clandestinité pour contrôler la gestion de l’université. Les vivres des étudiants se volaient sur le campus sous la houlette de Mathieu Kérékou. Or pour qu’un pays se relève, il faut la bonne gestion du bien public. Mathieu Kérékou n’a jamais été un rassembleur d’hommes ni un homme de paix. Yayi Boni est sa photocopie. Je ne présente pas les condoléances à une famille meurtrière, une famille de détracteurs et de dictateurs comme la sienne. Pour ma part, Mathieu Kérékou n’est pas l’instigateur de la conférence nationale. L’organisation de cette conférence est une idée venue de l’impérialisme français pour freiner l’élan révolutionnaire d’où les peuples devraient se gérer eux-mêmes. Les décisions qui sont issues de cette conférence n’ont pas été prises en compte et c’est ce qui est dommage pour l’évolution de notre pays. On ne peut pas immortaliser un dictateur de ce genre-là. Je profite de cette aubaine pour souhaiter une longue vie au personnel du journal «La Presse du jour» qui a pensé à nous qui avons vécu le martyre sous le régime Kérékou. Il faut noter qu’après le décès du Mathieu Kérékou, je suis convaincue que les dossiers de crime de sang, de crime économique vont ressurgir et «La Presse du Jour» pourra porter la lanterne au public.

Osséni Agbétou : Ancien Etudiant en agronomie/Consultant en management d’organisation

« Au temps du régime Mathieu Kérékou ; j’ai été arrêté pour la 1ère fois en 1983 à la suite d’un mouvement de grève sur le campus et j’ai été libéré deux semaines plus tard sous la pression du mouvement des étudiants. En 1985, j’étais le 2ème responsable des étudiants. Lors de la prononciation du discours de Mathieu Kérékou, ce dernier a ordonné d’amener certaines personnes comme : Wouanwa Thérèse, Dénis Sindété, Osséni Agbétou, Paul Essè Iko, Philippe Noudjènoumè, morts ou vivants. On est resté en clandestinité de 1985 à 1989. Je ne sors que de nuit, mais j’ai refusé de quitter le pays malgré plusieurs opportunités qui m’ont été données parce qu’il fallait que ça change. Mathieu Kérékou n’est pas un démocrate. Il a accepté les conclusions de la conférence des forces vives de la nation à cause des propositions des Français qui lui ont dit il faut la conférence pour qu’on te sauve. Les populations l’ont poursuivies jusqu’à l’Eglise St Michel de Cotonou à coup de jets de pierre. Certains parmi ses collaborateurs sont encore vivants. C’est le cas du capitaine Tawes. Ce dernier a été promu aux Etats-Unis ainsi que Gouchola Iréné qui a tué mon ami Akpokpo Glèlè Rémi à Abomey. Lui aussi est encore vivant. Et personne ne l’a inquiété. Je n’ai pas une idée positive sur la vie de Mathieu Kérékou. C’est l’impunité qui tue les pays africains. Je ne me réjoui pas de la mort d’un homme. Mais j’aurais souhaité qu’il soit vivant afin qu’on lui demande des comptes. Et comme malheureusement il est mort, c’est comme si tout est perdu. Ce que les télévisions nous présentent suite à son décès n’est pas ce que nous avions vécus. J’invite les professionnels des médias ainsi que les chercheurs à restaurer l’histoire pour que la vérité éclate. Mathieu Kérékou est un homme qui a tué un de ses amis de pouvoir sous prétexte que ce dernier avait couché avec sa femme ».

Dénis Sindété : Secrétaire aux relations extérieures de l’Organisation pour la défense des droits de l’homme et des peuples

« Ce sera fondamentalement anti-éthique et immorale d’immortaliser un tyran qui a fait assez de torts à ce pays. Il faut noter qu’après la Conférence des forces vives de la nation, ce sont encore des disparations, des assassinats non élucidés qui s’observent. C’est à une impunité anticonstitutionnelle qu’on assiste. Le pays est pris en otage par les corrompus, les pilleurs et les fraudeurs. Tout ce à quoi on assiste est la conséquence du passage de Mathieu Kérékou à la tête de notre pays.’’ Le Bénin et la démocrate prisonnière de la corruption’’ est un document qui indique de 1990 à 2006 comment le pays a été chiffonné par les corrompus Kérékou et sa bande. Le poste de commandement opérationnel (Pco), Ségbana, l’hôtel Plm Alédjo et le petit palais sont entre autres les lieux de torture où, siégeant au bureau politique de Prpb, il a décidé avec ses pairs de liquider un certain nombre de gens pour assoir une dictature et ses éléments qui lisent dans le livre blanc contre la torture au Bénin ou dans la nomenclature des tortionnaires rédigé par les victimes de la répression populaire dans notre pays. On citera par exemple en 1990. Sègla Kpomassi a été tué au marché d’Azovè. Issa Kpara fut le Préfet du Mono. C’est pourquoi, nous à l’Odhp, nous voulons la levée de l’immunité personnelle de Mathieu Kérékou afin que le peuple sache la vérité. Je me rappelle que le 06 mai 1986 à Gbégamey, il a ordonné de tirer sans sommation sur les jeunes. C’est le cas du jeune élève Atchaka Parfait du Ceg Gbégamey qui a été abattu. En 1979, j’ai été emprisonné à la prison civile de Cotonou avec le professeur Philippe Noudjènoumè et c’est à la prison civile de Porto-Novo, qu’on a pu s’évader. Des rapports existent encore jusqu’à ce jour qui indiquent qu’il faut une commission judiciaire pour statuer sur les faits. Nous avions aussi demandé l’instauration d’une journée contre la torture. Mais nous constatons que rien n’a été fait depuis le régime Mathieu Kérékou ni avec ceux qui l’ont succéder à ce jour. La conférence nationale est encore un piège de l’impérialisme français. Et comme Mathieu Kérékou est un français, ayant appris la méthode de la torture et de pillage des français depuis le pacte colonial, il a voulu l’appliquer dans le pays. »

Paul Essè Iko : Sg/ Cstb

« Un homme est mort, la Cstb par ma voix présente ses condoléances à la famille éplorée et à tous ceux qui ont cru en lui, même si cela ne soit pas du goût de la majorité  des travailleurs et des peuples qui ont souffert pendant son règne. Le règne de Mathieu Kérékou comme homme politique a été un désastre et une désolation pour tout le peuple béninois. Je constate que c’est au bilan qu’on peut qualifier Mathieu Kérékou ayant pour ligne d’action la répression de tous ses opposants politiques. C’est un homme épris d’homicide de liberté nationale durant son règne. Il convient de retenir que Mathieu Kérékou est l’homme des geôles tant au plan civil que militaire. Le poste de commandement opérationnel (Pco) fait partie des lieux de tortures. Mais l’héroïsme de la jeunesse a été sans nul pareil. Je me rappelle de l’emprisonnement de Léon Yélomè et de Léon Adjapka. Mathieu Kérékou est l’homme qui a créé la prison de Ségbana ainsi que le Plm Alédjo où l’on enterrait des gens jusqu’à la tête. Des séquelles de coup de chicottes existent encore sur la tête de Laurent Mètognon qui vit encore jusqu’à ce jour. J’ai fait 5 ans de prison, du 02 août 1979 à 1984. Le règne de Mathieu Kérékou a été un règne de dévastation de notre économie nationale. Durant 27 ans de règne, ce qui la fait de mauvais dépasse largement ce qu’il a fait de bon. En faisant une lecture de l’histoire politique de cette époque, on verra que c’est la pression des travailleurs et du peuple qui a aboutir à la résistance à la grande manifestation du 11 décembre 1989. C’est suite à cela que Mathieu Kérékou était contraint de rameuter tous ceux qui avaient dirigé le pays dans l’intérêt de la France depuis 1960. Les comités d’actions qui se sont battus dans les communes, les localités n’ont pas été invitées à la conférence nationale. Les textes qui ont été accouchés constituaient un marché de dupe comme l’a annoncé Pascal Fatondji. J’invite les travailleurs au combat et à la lutte pour que les mêmes scènes ne se reproduisent plus. »

Dieudonné Lokossou : Sg/Csa-Bénin

«  La vie n’est pas linéaire. Il y a toujours des hauts et des bas. Je crois que le Gl Mathieu Kérékou par la porte du destin au pouvoir un jeudi 26 octobre 1972 à la suite d’un putsch. La déclaration des putschistes à l’époque était de très bonnes intentions et le gouvernement d’alors était composé de 12 membres militaires. La 1ère année de ce gouvernent a été excellente. Mais malheureusement la gourmandise politique a amené certains civils à prendre le Gl en otage. C’est ce qui nous a conduit à l’option marxisme-léninisme que bon nombre de béninois ne maitrise pas. Il faut noter qu’à travers ce système les travailleurs ont souffert. A cette époque, il existait qu’un seul central syndical celui de l’Unstb. Il faut avouer que nous, nous avons été exploités. Des camps de tortures ont été observés par-ci par-là. Signalons que des aspects positifs ont été soulignés. Le 16 janvier 1977, les célèbres mercenaires de triste mémoire Bob Denard qui a failli remettre les institutions en cause comme il y en avait l’habitude. C’est la privation du salaire des travailleurs qui a débouché sur les revendications d’ordre social. Mathieu Kérékou est quand même un homme de valeur, pétri de courage. Fasse à un certain nombre de revendications il a pu organiser la conférence de forces vives de la nation. Et c’est à l’issue de cette dernière que nous avions accéder aux changements notables d’où la renaissance des libertés publiques, la pluralité syndicale et la pluralité des partis politiques. La perfection n’est pas dans ce monde. La gestion au quotidien n’est pas une chose facile même dans notre propre famille. Et comme Mathieu Kérékou n’est pas le seul à diriger le pays, les torts sont partagés. »

Christophe Dovonon : Sg/Cspib

« Le Gl Mathieu Kérékou avait dirigé un régime révolutionnaire qui fut une exception. Bien vrai que les tortures, la répression ont été observées. Je me rappelle de beaucoup de jeunes qui avaient perdu leur vie pour sauver le peuple. Le marxisme-léninisme est le système bien appliqué et le plus noble de tous les autres systèmes. Je me rappelle d’Akakpo Didier, Atchaka Parfait, celui qui a été tué au Ceg Gbégamey. La mort la plus indignée est celle du capitaine Ayikpé, puisque a-t-on appris qu’il a commis l’adultère avec la femme de Kérékou. Est- ce un montage ? Mais je dois toutefois reconnaître que sa barbarie a de la sagesse. C’est parce qu’il s’est retrouvé le dos au mur qu’il a été obligé de sauver la démocratie. Lui-même n’a cessé de dire qu’il a été trahi par ses pairs. Comme preuve, il a essayé d’apaiser le peuple pour se racheter. S’il faut tenir compte tout ce qu’il s’était passé sous son régime, il mérite la mort enchainée dans la tombe. Comme le dit l’adage, il ya la loi et l’esprit de la loi. Donc il y a la révolution et la manière de l’appliquer ».

Propos recueillis par Thierry Azagba


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