Construction du corridor ferroviaire Bénin-Niger : Yayi laisse Bolloré poser de mauvais rails
Envers et contre tout, les Etats béninois et nigérien encouragent le Groupe Bolloré à leur construire des rails d’une autre époque. Pourtant, les Experts en matière ferroviaire tirent la sonnette d’alarme. Nous en tenons pour preuves la correspondance en date du 1er avril 2015 des membres du comité technique interministériel de suivi de la Convention Bénirail au ministre du développement, de l’analyse et de la prospective et celle du Groupe d’Experts et anciens cadres techniques ferroviaires de la défunte Organisation commune Bénin-Niger (Ocbn). Ils ont attiré l’attention des gouvernants du Bénin et du Niger sur le mauvais travail que fait le Groupe Bolloré au niveau des rails. Mais leur cri d’alarme semble ne pas être entendu.
La correspondance des membres du comité technique interministériel de suivi de la Convention Bénirail au ministre du développement, de l’analyse et de la prospective est pourtant claire et édifiante. «(…) Il est à relever qu’en l’absence de tout cahier des charges, le Groupe Bolloré mène des travaux qui ne respectent aucune norme contemporaine des chemins de fer. Ainsi, jusqu’à ce jour, il continue d’utiliser sur le tronçon Niamey-Dosso, de vieux rails, tantôt de trente-six (36), tantôt de quarante (40) kilogrammes et des traverses en bois, en violation aussi bien de la directive de l’Uemoa, des normes de l’Union africaine des chemins de fer, que celles de l’Union internationale des chemins de fer. En outre, dans les conditions actuelles d’exécution des travaux en dehors de toute commande publique et d’un business plan qui renseigne sur le montant probable des investissements à faire par le Groupe Bolloré, ni la République du Bénin, ni la République du Niger ne sont en mesure d’apprécier la qualité et la valeur des ouvrages en cours de réalisation ou à réaliser. La conséquence directe et prévisible de cet état de chose est que les Etats paieront pendant des dizaines d’années le coût des travaux mal réalisés avec le risque d’avenants répétés comme c’est souvent le cas lorsqu’il n’y a pas un minimum d’accord entre les parties contractantes sur les caractéristiques de l’ouvrage à réaliser et sur son coût. (…) Si nous avons cri devoir vous saisir au lendemain de la signature du traité ci-dessus indiqué, c’est d’abord pour vous alerter sur les dérives observées dans la gestion du projet, notamment les divergences de fond entre les parties et ensuite pour vous faire des propositions à même de préserver les intérêts du Bénin », ont-ils écrit au ministre. Les mêmes constats avaient relevés et mis à l’oreille du Chef de l’Etat béninois, Boni Yayi, par le Groupe d’Experts et anciens cadres techniques ferroviaires de l’Ocbn dans sa correspondance du 9 décembre 2014. Ce groupe d’Experts a relevé de nombreux dysfonctionnements dans le travail du Groupe Bolloré. «Le Groupe Bolloré, dans son document synthèse des propositions faites aux Etats, limite la conception de la voie sur la base des vitesses des trains marchandises à 80km/h et à 120km/h pour les trains voyageurs, ce qui ne répond pas aux caractéristiques d’une voie standard prise en compte dans les études des Bureaux Gkr et Sofreco. Une plateforme construite sur la base de ces caractéristiques à l’heure des progrès technologiques où le facteur vitesse ne peut être ignoré limitera à coup sûr la capacité de transport de la voie ferrée dans un très proche avenir, ce qui va constituer un frein au développement du Bénin et du Niger eu égard aux perspectives de trafics futurs et aux ambitions des deux Etats en la matière…», ont dit les Experts à Yayi. Alors, on se demande pourquoi les gouvernants béninois et nigérien foncent avec le Groupe Bolloré. N’ont-ils pas le courage d’amener le Groupe Bolloré à réaliser les travaux aux normes modernes ? Dans leur correspondance, les des membres du comité technique interministériel de suivi de la Convention Bénirail se posent aussi posé mille et une questions sur ce partenariat entre le Niger, le Bénin et le Groupe Bolloré. Ce qui est sûr, les travaux sont en cours. Le Groupe Bolloré n’est nullement inquiété. Dans ce dossier, il règne en maitre au Bénin et au Niger. Peut-être bientôt au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire en ce qui concerne la boucle ferroviaire. Au point où le concepteur et l’adjudicateur du dossier d’appel d’offres du corridor ferroviaire Bénin-Niger, le Groupe Pétrolin, est écarté de tout. On se demande comment !
Lire les correspondances des experts aux gouvernants béninois et nigériens
Junior Fatongninougbo
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