Nomination de Placide Azandé au ministère de l’intérieur : Les syndicalistes s’indignent

Publié le vendredi 26 juin 2015

Le nouveau gouvernement de Boni Yayi est diversement apprécié par les citoyens, et en particulier par les confédérations syndicales de notre pays. Pour eux, la nomination du Préfet  Placide Azandé au ministère de l’intérieur est une provocation et une violation de la loi constitutionnelle du Bénin. A cet effet, ils menacent de réagir en conséquence au moment opportun.

Réactions des syndicalistes

Paul Essè Iko, Sg Cstb

« Chasser le naturel, il revient toujours au galop. Les échecs du Président Boni Yayi lors des dernières élections législatives ne lui ont pas servi de leçon. L’actuel gouvernement qu’il a présenté est une grave  provocation à l’endroit de l’ensemble des syndicats. A cet effet, il s’agit de deux cas : le cas de Placide Azandé. C’est un homme qui était antérieurement préfet de l’Atlantique et du Littoral. Pour rappel, le 27 décembre 2013, les travailleurs de toutes tendances confondues avec l’autorisation de la Mairie de Cotonou, ont senti la nécessité de faire une marche de protestation contre la violation des libertés, mais aussi et surtout contre les concours frauduleux organisés dans le temps. La non satisfaction de certaines revendications dans les secteurs de la santé, de l’éducation etc. A la surprise générale des travailleurs et du peuple, Placide Azandé a interdit cette marche, il a ensuite occupé la devanture de la Bourse du travail et il a maté les marcheurs en réprimant dans le sang, en faisant intervenir les forces de l’ordre. Le sang a coulé. Qu’avons-nous faire pour mériter ce sort ? A cet effet, pour riposter, nous avons fait une grève de quatre mois dans ce pays. Nous avions porté plainte contre sa personne au barreau de Porto-Novo. Jusqu’à ce jour, Placide Azandé est mis en examen par la justice béninoise. Que ce soit celui là que Boni Yayi nomme aujourd’hui comme le Ministre de l’intérieur, c’est d’abord une provocation et ensuite, c’est l’aveu que c’est Boni Yayi qui a perduré les luttes, c’est lui qui soutenait, commanditait la répression sanglante du 27 décembre 2013. Le deuxième cas est relatif à Nadine Dako qui fut la Directrice du Conseil national des chargeurs du Bénin (Cncb), qui a été critiquée par les travailleurs de son administration à cause de sa gestion. Ces travailleurs avaient organisé une conférence de presse pour dénoncer ces actes. C’est ainsi que Nadine Dako a licencié le Secrétaire général et un autre membre du syndicat pour avoir organisé cette conférence. Une commission a été mise en place pour investiguer sur les faits et elle a trouvé que les récriminations des syndicats sur la mauvaise gestion de Nadine Dako sont fondées et elle a demandé le rétablissement des agents licenciés. Il faut noter que Nadine Dako n’a pas obéi à son Ministre de tutelle pour le rétablissement de ces agents dans leur droit, jusqu’à sa nomination. Voilà le gouvernement de Boni Yayi qui, chaque jour nous enfonce dans la misère. Nous pensons réagir au moment opportun. Si Boni Yayi écoutait le peuple, il allait faire un remaniement technique. J’invite tout le peuple Béninois à travailler afin de renverser l’ordre actuel des choses sur les plans économique, politique, social, éducationnel pour avoir une bonne gouvernance dans le pays. »

 Pascal Todjinou, Sg Cgtb 

« Je crois que la nomination de Placide Azandé au ministère de l’intérieur est effectivement une provocation envers les travailleurs. Le Président a la possibilité et le droit de nommer qui il veut. Mais cette nomination indique que Boni Yayi a beaucoup de difficultés pour former le gouvernement actuel. Ce n’est certainement pas des cadres qui manquent dans le pays pour qu’on aille chercher quelqu’un qui est assigné en justice pour une violation de la constitution béninoise. Je sais que Placide Azandé est dans un parti politique de la Fcbe. Mais dans ce parti, il y a plein de militants qui peuvent diriger honnêtement et franchement ce ministère. C’est un ministère absolument très sensible qu’on ne saurait confier à n’importe qui. Je demande aux travailleurs de se maintenir en état de veille citoyenne pour éviter de nous empêcher de profiter de notre liberté. »

 Dieudonné Lokossou, Sg Csa

« La nomination des Ministres relève des prérogatives exclusives du Chef de l’Etat en raison des pouvoirs qui lui sont conférés par la constitution. Néanmoins il doit pouvoir faire attention par rapport à certaines nominations. Placide Azandé a une maille avec les travailleurs que nous sommes. Il faut signaler qu’en décembre 2013, il a fait débarquer à la Bourse du travail les forces de l’ordre, armés jusqu’aux dents, sous prétexte qu’une marche pacifique de protestation organisée par les travailleurs n’aurait pas été autorisée. Et celle-ci a été réprimée dans le sang en laissant des séquelles inoubliables. Ce dossier est à la justice, donc il ne devait pas être représenté à ce niveau gouvernemental. Nous gardons de lui le souvenir d’un dictateur, le souvenir d’un prédateur de liberté. Même après le régime Boni Yayi, il doit rendre compte, puisque c’est une violation des droits de l’homme. Ce qui s’était passé en décembre 2013 était une immixtion intolérable dans les affaires de la Mairie de Cotonou. La Mairie est la seule institution habileté qui autorise les marches. Lorsqu’on a le quitus du Maire, personne ne peut s’y opposer. La pression populaire peut provoquer son limogeage à la tête de ce ministère. Les hommes passent mais le pays demeure, donc tous ceux qui sont responsables de crimes de quelque nature que ce soit, doivent répondre au moment opportun. Ces crimes de violation des droits de l’homme ne sont pas passés en perte. J’invite tous mes collègues travailleurs à une forte mobilisation. »

Kissi Codjo Michel, 1er Sga Cgtb 

« En voyant le parcours de Placide Azandé sur le plan social, c’est un homme qui veut toujours dicter sa loi. C’est quelqu’un qui est imbu du pouvoir. Voyons la manière dont il traite les Maires qui sont sous sa juridiction. A voir tous ces dégâts, il ne devrait pas être nommé dans le gouvernement. La barbarie du 27 décembre 2013 montre visiblement qu’il est un dictateur. S’il est nommé Ministre de l’intérieur, cela veut dire que Yayi lui donne de grade dans sa dictature, comme lui-même est un dictateur. Je pèse bien mes mots. Nous allons continuer à lutter pour la liberté qui coûte très chère, puisqu’on ne va pas nous empêcher de jouir de nos libertés d’expression, de parole, d’action etc. Cette nomination n’effraie pas les organisations syndicales que nous sommes. Nous avons foi en notre justice qui fera son travail. J’invite tous mes collègues travailleurs à la vigilance et à la continuité du combat dans leurs secteurs d’activités. »

 Adam Taofick, Membre Cgtb 

«  Moi personnellement, j’ai l’impression que Boni Yayi aime la confrontation. Placide Azandé a de la maille avec les travailleurs et certains Maires du pays. C’est malsain de voir un tel préfet dans un gouvernement. Placide Azandé était informé de l’organisation de la marche du 27 décembre 2013. Les Secrétaires généraux qui étaient dans les démarches ont eux l’occasion d’échanger avec lui  à la mairie de Cotonou. Il envoie des forces de l’ordre pour réprimer cette marche. C’était une honte, un déshonneur national et international. Nous avons reçu des soutiens des organisations internationales. Nous avons porté plainte et le dossier est devant le tribunal de Porto-Novo. Un Ministre de l’intérieur inspire la confiance et rassure la population de son pays, surtout avec la situation de Boko Haram qui sévit dans notre sous-région. Il doit être un homme intègre. Nous ne sommes pas dans un pays en vase clos. Seul Boni Yayi sait pourquoi il l’a nommé. Placide Azandé doit savoir qu’il n’est pas envoyé en mission contre les Béninois, il ne doit pas utiliser les moyens du contribuable béninois pour réprimer les populations. Il doit pouvoir savoir raison gardée parce qu’on a besoin de la paix et de la sécurité dans le pays. La même chose s’est répétée dans les départements du Zou et des Collines où le préfet Armand Nouatin avait envoyé des forces de l’ordre pour chasser les travailleurs dans la brousse comme des rats. Cela fait pitié. J’invite mes collègues travailleurs à se tenir prêts, puisque nous allons respecter la procédure des manifestations. »

Propos recueillis par Thierry Azagba (Coll)


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