Léonce Koné du CDP : L’extradition de Blaise Compaoré « est un projet vain et inutile »

Publié le lundi 20 avril 2015

Depuis l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, le ciel semble tomber sur la tête du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Son candidat « naturelle », Blaise Compaoré, a été contraint de quitter le pays en quittant le pouvoir. Des arrestations sont légions dans ses rangs et parmi ses cadres. Un code électoral, modifié le 7 avril, risque de frapper d’inéligibilité certains de ses candidats aux prochaines échéances électorales de 2015. On reproche à certains cadres du parti de ne pas respecter l’esprit des martyrs de l’insurrection en se précipitant sur les postes électifs. Mais Léonce Koné, poussé à la tête du directoire du parti, ne semble pas être ébranlé outre mesure. Il est convaincu que c’est parce que le parti fait peur qu’il reçoit ces volées de bois verts. Comment compte l’ancien parti au pouvoir s’en sortir ? Léonce Koné répond aux questions de Burkina24.

Burkina24 (B24) : Bonjour ! Vous êtes le président du directoire national du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Alors comment se porte votre parti le CDP aujourd’hui ?

Léonce Koné (L.K) : Notre parti se porte plutôt bien, vu les agressions multiples et l’environnement hostile dans lequel il se trouve actuellement. Il se trouve que nos structures sont mobilisées. Elles sont sur le pied de guerre. Je le dis parce que cette formule, c’est un euphémisme pour dire qu’ils sont debout.

B24 : Depuis les évènements des 30 et 31 Octobre 2014, le CDP traverse ce qu’on va qualifier de crise. Le 7 avril dernier, le projet portant modification du code électoral a été voté par le Conseil national de transition. Vous au CDP avez déjà donné votre avis. Alors comment vous vivez cette modification ?

L.K : Comment nous le vivons n’a pas une grande importance, nous avons décidé de nous opposer à ce texte-là. Il a été voté, il a été promulgué, mais nous sommes dans un Etat où j’espère qu’il subsiste encore des règles de droit, nous avons une première possibilité, celle de faire des recours devant les juridictions compétentes.

La première de toute, c’est la plus haute juridiction de notre pays. C’est le Conseil constitutionnel. Nous avons déposé un recours au conseil constitutionnel. Nous comptons également, (nous sommes en train de travailler à cela), déposer un recours à la Cour de justice de la CEDEAO.

C’est sur le plan judiciaire. Parce qu’on sait que cette loi est anticonstitutionnelle et elle est contraire par ailleurs aux traités que le Burkina a ratifiés et sur lesquels s’appuient ceux qui veulent nous écarter le droit de participer pleinement aux élections comme le prévoit la constitution. Nous allons déposer ces recours-là. C’est une question politique.

B24 : Quel commentaire faites-vous des propos du ministre de l’administration territoriale, de la décentralisation et de la sécurité Auguste Denise Barry, qui affirme que la loi vise une trentaine de personnes et non les partis politiques ?

L.K : Comment peut-il le savoir aujourd’hui ? Ils ont déjà jugé ? Ils ont déjà statué ? Comment peut-on le savoir ? Les termes sont tellement généraux que personne n’est habilité à dire 30 personnes. Si c’est le cas, pourquoi ne pas nommer ces 30 personnes ? Ce n’est pas une bonne loi.

Une loi qui vise à exclure n’est pas une bonne loi. Une loi qui va diviser les Burkinabè, ce n’est pas une bonne loi. Vous savez l’expérience des pays voisins récente et ancienne montre que chaque fois qu’on commence à diviser les gens dans un pays, ça crée des fractures. Ce n’est pas bien.

B24 : Par rapport aux recours que vous comptiez déposer, quelle pourrait être la suite si vous n’obtenez pas gain de cause ?

L.K : Nous sommes un parti légaliste, un parti républicain, un parti démocrate. Dès lors, si aux termes de tous ces recours s’il s’avère que les juridictions ne nous donnent pas raison, nous prendrons acte. Nous avons toutes les raisons de penser qu’au regard de la nouvelle composition de nos juridictions locales, que ces dernières ne seront pas impartiales sur des questions comme celle-ci.

Mais nous espérons que le Conseil constitutionnel, malgré sa composition actuelle, aura l’occasion de montrer son impartialité à travers cette première affaire.

B24 : Etes-vous d’avis avec les propos du Ministre de l’administration territoriale, de la décentralisation et de la sécurité, qui vous accusait de n’avoir pas été suffisamment responsables ?

L.K : Je récuse, je n’autorise pas quelqu’un en dehors de notre parti de qualifier nos actes de responsable ou de pas responsable. Cela me parait totalement déplacé pour dire la vérité. Je crois que depuis que nous avons mis en place ce Directoire, nous nous sommes efforcés de participer à cette transition de manière loyale, de manière constructive, de manière responsable.

Je pense que ces propos sont des propos qui excèdent la pensée de ceux qui les tiennent. Ça, ce n’est rien du tout. Dans tous les partis politiques, il y a des cas comme ça. C’est un faux procès.

B24 : Vous étiez l’un des partis les mieux implantés au Burkina Faso. Est-ce toujours le cas maintenant?

L.K : Oui c’est toujours le cas. Vous savez si nous apparaissons comme un parti terrassé, croyiez-vous que le code électoral allait-elle nous exclure ?

Les histoires sur le soutien de la modification de l’article 37 sont des prétextes. Figurez-vous qu’il y avait 13 000 conseillers municipaux qui étaient en fonction. Est-ce que tous ces personnes sont des criminelles ? Est-ce parce qu’ils ont soutenu la modification que l’on doit les exclure ? Je ne pense pas.

B24 : L’autre actualité ce sont les arrestations de certains membres de votre parti. Certains estiment qu’ils ont été victimes de maltraitance ?

L.K : Il y a eu une quinzaine de personnes de notre parti qui ont été interpellées. Certains ont été relaxés car dans certains cas, la procédure judiciaire en vigueur dans notre pays n’a pas été respectée. Dans beaucoup de cas, la procédure a été hâtive, elle a été bâclée.

Quelques échos que j’ai eu, donnent à penser que certains de nos camarades ont été maltraités, c’est-à-dire qu’ils ont subi des traitements inhumains et dégradants. Nous n’en faisons pas un problème. Mais nous voulons nous assurer que dans l’avenir, les gens seront traités avec décence.

B24 : Avez-vous des nouvelles de l’ancien ministre Salif KABORE qui est toujours détenu à la MACO ?

L.K : Je lui ai rendu visite, une visite amicale. C’est n’est jamais agréable de rencontrer quelqu’un dans ces conditions, surtout quand on a le sentiment que c’est injuste. Je l’ai encouragé et il va très bien.

B24 : La mise en place de la Haute cour de justice est-elle une coïncidence ou un acte prémédité en vue de faire une chasse aux sorcières, selon vous ?

L.K : Je ne sais pas mais imaginez que des arrestations massives se fassent les mêmes jours et que quelques jours après on opérationnalise la Haute cour de justice dont la compétence c’est de juger les ministres, qu’ils soient en fonctions ou pas.

Dire que c’est une coïncidence, je ne sais pas. Mais nous n’avons pas de problème avec ça. Nous espérons que cette cour va œuvrer dans le respect des droits des Burkinabè. Aussi, vous savez, la Haute cour de justice est par essence une juridiction politique au regard de sa composition (magistrats, députés). Je souhaite que lorsque cette cour aura à statuer sur ces dossiers, j’espère qu’elle sera impartiale.

B24 : Si vous aviez une autorité de la transition en face de vous, quel conseil alliez-vous lui donner ?

L.K : Ce que je dirais c’est que la transition doit se recentrer sur ce qui est sa véritable mission, c’est-à-dire d’organiser des élections démocratiques, libres et transparentes, des élections ouvertes à tous sans exclusion aucune.

De telle sorte que le peuple dira au sortir des élections  « maintenant nous sommes dans un pays démocratique, maintenant le pays peut se réconcilier dans un esprit de cohésion nationale dans le développement ».

B24 : Des voix s’élèvent pour demander l’extradition de l’ancien président du Faso, Blaise Compaoré. Quel commentaire faites-vous ?

L.K : Cela ne nous fait pas peur au niveau du CDP. Je n’aimerai pas être désobligent parce que d’abord sur quel chef d’accusation le président Blaise COMPAORE sera extradé ? En plus, il y’a une loi d’amnistie qui a été votée, il y a quelques temps qui s’applique à lui. Le pays dans lequel il est, est un pays ami du Burkina, avec des relations fraternelles.

Je ne vois pas comment une telle procédure pourra aboutir. C’est un projet vain et inutile.

B24 : Le congrès de CDP c’est pour bientôt. Comment se prépare-t-il ?

L.K : Pour notre congrès, il y a des commissions qui sont chargées de l’organisation et je reçois des rapports sur l’évolution de l’organisation. Et je pense que tout le chronogramme concernant ce congrès prévu pour le 8 et 9 mai, est en bonne marche pour consolider l’unité du parti et aussi la bataille électorale à venir sur cet environnement hostile.

B24 : Pourrait-on voir un candidat au cours de ce congrès ?

L.K : Au moment où je vous parle, le CDP n’a choisi aucun candidat. De plus, notre parti n’a pas l’intention de soutenir Djibril Bassolé. Je crois savoir qu’il y’a un parti qui a été créé pour ça.

Interview réalisée et retranscrite par Bienvenue APIOU

Burkina24


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