Poème : TOUT LE MONDE PEUT
Tout le monde peut être la goutte d'eau
Dans notre mère mer,
La cuvette, l'étang et la rivière.
La goutte d'eau désaltérante,
La goutte d'eau utile à pétrir le ciment,
La goutte d'eau qui caresse la jeune plante
Berce le bourgeon et la fleur.
La goutte d'eau qui déchire le ciel chaud
Pour adoucir le désert desséché et
L'hurlement agonisant de l'oasis
S'élevant sur ces sablonneuses superbes dunes.
La goutte d'eau qui cure les immondices des aisselles.
La goutte d'eau qui incinère les balayures,
Epoussette le large dos de la terre.
Le puits tétine de la vierge savane
Le puits
La goutte d'eau.
Tout le monde peut être la brique, qui
Mêlée à la brique du concitoyen
Servira à élever murs et murailles
Pour ériger le gigantesque édifice communautaire,
Pour dresser la pyramide, la fière patrie.
La brique indispensable à la réalisation de l'ouvrage,
A la perfection du beau bâti.
La latérite taillée et la terre cuite,
La pâteuse motte polisseuse
Et la décorative briquette du coloriste.
Le tremplin, la pierre incrustée dans la charpente,
La pierre qui obstrue les horribles orifices
Le ciment
La brique.
Tout le monde peut être la plante,
Le robuste tronc qui porte le poids des espoirs,
La branche et le bras tendus.
La racine, le rhizome qui fixe le néré et le séquoia
Aspirant la sève de la terre pour
Asperger l'arbre, l'arbuste, l'herbe.
Le feuillage se prosternant devant le cumulo-nimbus
Couvant sous son aile le fruit vert
Pour implorer la clémence de la pluie.
Le beau bébé bourgeon de l'avenir.
La fine fleur féconde,
Resplendissante ambassadrice du charme de ce pays
Et de ses seize millions d'âmes.
Le succulent fruit du vaste verger
Qui se laisse allègrement déguster
Jusqu'au tréfonds de la moelleuse noix.
La minuscule graine reproductrice de la société
Le fruit
La plante.
Tout le monde peut être le cerveau,
Le sage siégeant au collège,
Prodiguant les conseils sous l'arbre à palabre.
L'intellectuel chercheur de la voix du salut de son peuple.
La matière grise, l'intelligence soucieuse des siens,
Du bien être du petit chef mossi
et de la bassine de zoom koom du vieux samo,
De la cuisse rôtie de chien de la vielle gourounsi
et du panier d'arachide du jeune bissa,
De la gobeleté de dolo du vieux bobo
et de la gourde de lait de la petite poulotte,
Du bonheur de la jeune insolente yadega
et du vieux géomancien gourmantché,
Du primitif dagara paré de son cache-sexe de feuillage
et de son esclave-maître de goin des cascades.
La vitale connaissance nourricière
L'idéologie salvatrice
L'intelligence
Le cerveau
Tout le monde peut être la main,
L'ouvrier, l'échine courbée au pied de l'immeuble,
Les muscles raidis sous le poids de la pelle.
Le jeune maçon perché sur l'échelle,
Dans le creux de la main une vielle truelle.
L'ingénieur, le géomètre et l'architecte
Dessinant des courbes et des angles,
La maquette dans l'atelier le plan sous les yeux.
Le soldat au front du développement
Ivre de défi
L'architecte
La main.
Tout le monde peut être la bougie,
Le phare scintillant dans les profondeurs des ténèbres,
Ravivant les âmes dans le gouffre de la nécropole.
Les vagues déferlantes de l'océan de lumière
Où baigne l'esprit en quête de spiritualité.
La lumière éblouissant les regards noirs
Des sangsues des claires eaux dormantes
Aux lèvres de ventouses et aux yeux puants.
Le guide céleste du peuple de moïse,
Qui gronde dans le cœur de chaque enfant.
La fabuleuse flamme civique et patriotique,
Qui brûle dans la chaire de chaque citoyen
La flamme
La bougie.
Tout le monde peut être la colombe,
Le petit oiseau du jardin d'Eden
Voltigeant là-haut dans les nuages,
Dont l'écho des chansonnettes berce les oreilles
Des soldats brûlant dans la fournaise du front
Et le frisson de la mélodie hypnotise les membres.
Tels des fruits putréfiés, armes et munitions
S'éparpillent dans le macabre bourbier.
La plume qui peint dans le sable
Trois mots en lettres d'or : JUSTICE, LIBERTE, PAIX.
Le coq de la basse-cour dont le cocorico
Repend un souffle de fraternité,
Enivre nos cœurs d'Amour.
L'Amour Agapè
L'Amour
La colombe.
Tout le monde peut être le remède
Au cheveu de notre Afrique malade.
Malade de ses richesses,
Malade de la convoitise des vautours,
Malade de ses enfants malades,
Malade de ses dirigeants malades.
L'antidote au fonds de la seringue et de l'éprouvette.
Le médecin au joyeux sourire rassurant,
A la douce main réconfortante
Enveloppant sous sa large aile,
Le bébé malade et la femme rustique.
L'anti- biotique
L'antalgique
Le remède.
Tout le monde peut être le rêve
Enfuit profondément dans l'âme et le sang,
Dévoré chaque matin par les yeux de lynx.
La belle étoile perchée au fonds du ciel,
Qui guide le petit berger et le naufragé des hautes mers,
Vers laquelle s'élève sur sa monture le téméraire cavalier.
L'objectif qui inonde le fixe regard,
Vers lequel s'achemine chaque pas du jeune étudiant.
Le détachement de l'ego
Et le voyage au pays du bonheur.
Le nirvana
L'idéal de vie du citoyen modèle
Le but
Le rêve.
Tout le monde peut être le verbe,
Le chanteur des louanges de la vaillance de ce PEUPLE,
L'harangueur du laborieux travailleur
Le griot.
Le ver pondu sous la plume,
Le ver vert des profondes espérances,
La divine mélodie de la rime harmonieuse,
L'encre noire coulée sur le buvard blanc
La plume.
La voix qui s'élève dans la lointaine nuit,
La voix qui bourdonne aux oreilles des chefs,
Conscientisant les cols bleus et les cols blancs.
Celle qui dénonce, critique pour construire
La bonne parole
La voix.
La page du livre enseignant l'odeur de la liberté
Et le parfum de la justice.
Le pamphlet, la satire et le virulent grief.
Le meilleur ouvrage de la bibliothèque,
Celui qui nous porte
Aux portes de la paix et du bonheur
Le livre
Le verbe
Le griot
La voix
Le livre
La plume.
La goutte d'eau
La brique
La plante
Le cerveau
La main
La bougie
La colombe
Le remède
Le rêve
Le verbe…
Saïbou DAO
Attaché d'Intendance Universitaire,
Spécialiste en Commerce International,
Poète.
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