Crise à la Société des mines de Bélahouro : La direction générale donne sa version des faits
La société des mines de Bélahouro vit une crise sociale depuis le 4 décembre dernier. Les employés ont observé une grève pour exiger la satisfaction de leur plateforme revendicative. Suite à l'échec des différentes négociations conduites par les autorités provinciales (Soum) et régionales (Nord), la direction générale de la société a suspendu, temporairement, les activités de production de la mine et évacué tout le personnel du site, depuis le 12 décembre 2014. Elle a organisé une conférence de presse le 15 décembre pour donner sa version des faits. Ce, après celle des employés.
A l'absence du Directeur général de la Société des mines de Bélahouro (SMB), c'est le directeur général adjoint, par ailleurs directeur général administration Afrique de l'Ouest de AVOCET Mining, Saidou IDE, qui a animé la conférence de presse. Il a expliqué la situation qui prévaut à la SMB actuellement, et donné les raisons de ce conflit social ayant conduit à la suspension pour deux semaines minimum des opérations de la mine.
« Le secteur minier aurifère traverse actuellement une période très difficile marquée par la baisse du cours de l'or. En moins de trois ans, le prix de l'or a baissé de près de 40%. En plus du prix de l'or qui est très bas, d'autres facteurs tels que le coût du carburant, le type de minerai, etc. contribuent davantage à stresser les sociétés minières qui opèrent dans le domaine. Ainsi, toutes les sociétés minières à travers le monde ont entrepris des actions en vue de réduire leurs coûts de production et rendre de ce fait l'activité viable, en notant qu'elles n'ont aucune emprise sur le prix de vente de leur production », a rappelé, d'entrée, Saidou IDE.
Un atelier pour trouver des solutions débouche sur une grève
Pour trouver des stratégies permettant de réduire les coûts de production, la direction générale de SMB a organisé un atelier de réflexion du 27 au 29 novembre 2014. Au cours de cette rencontre, l'état de la production de l'or et celui des finances de la société ont été présentés aux participants (représentants des travailleurs) qui auraient reconnu la nécessité de prendre des mesures efficaces et efficientes pour réduire les coûts de production.
Pourtant, c'est de là que partira une grève. Car, l'Assemblée générale convoquée par les représentants du personnel le 4 décembre à partir de 19h 30mn, pour rendre compte aux employés des conclusions de l'atelier se termine par un appel à un arrêt du travail. Et, dès 22h30, les équipements sont stoppés et l'usine de traitement occupé par un groupe de travailleurs. Un comité de crise constitué transmet une plateforme revendicative à la direction générale aux environs de 5h du matin, le 5 décembre.
Echec des négociations
Pendant que la direction générale se dit disposée à négocier, les grévistes posent comme préalable, le départ sans condition de deux membres de la direction. Il s'agit de Raphael Ouédraogo et Saidou IDE. Aucun des deux n'aurait de rôle actif au niveau de la mine de Belahouro. « Mon rôle est surtout au niveau du siège appuyant les différentes structures de la société à travers la sous-région, même si j'occupe le poste de DGA. Raphael Ouédraogo s'occupe de la partie exploration et gestion du bureau et donc n'est mêlé en aucun cas au niveau de la direction, même pas au niveau de la gestion des ressources humaines », soutient Saidou IDE, le Directeur général adjoint de SMB.
La direction générale, à son tour, rejette tout préalable. Les tentatives des autorités provinciales et régionales de renouer le fil du dialogue se soldent par des échecs. Après une semaine de tentative infructueuse de négociations, la direction générale de SMB a décidé de suspendre ses activités de production et d'évacuer tout le personnel du site. Car, elle estime avoir subi des pertes de près de 900 millions de francs CFA en l'espace d'une semaine. Ainsi, depuis le 12 décembre 2014, les activités de production de la société des mines de Bélahouro sont suspendues.
767 employés sur le carreau…
Le redémarrage des opérations est prévu dans deux semaines. Mais, tout porte à croire que ce délai ne pourrait être respecté. « On a été obligé d'arrêter les activités parce que des employés ont occupé l'usine. Il n'était plus possible pour nous de continuer à produire même si on le voulait. Donc, nous allons mettre à profit ce minimum de deux semaines pour voir dans quelle mesure on peut reprendre les activités », précise le directeur général adjoint de la société. « Nous ne savons pas la date de reprise, ni avec quelle équipe. Il y a un manque de confiance qui s'est créé à l'intérieur même des employés. Donc, il faut qu'on aplanisse la situation. Il faut qu'on remette balle à terre, qu'on discute sur quand, comment et dans quelle circonstance reprendre », poursuit-il.
En attendant, ce sont 767 employés qui voient leurs contrats suspendus.
Le salaire représente 22 à 24% des charges de la société. Aux déclarations de certains employés qui soutiennent que les salaires font partie des plus bas, le DGA oppose un démenti formel. « Je ne vais pas rentrer dans les histoires de salaires. Mais, ce que je peux vous dire, c'est que selon une étude menée à l'intérieur des différentes sociétés minières, les salaires de la mine de Belahouro sont classés 2e », déclare Saidou IDE.
« Les gens ont mal géré leurs revenus… »
« Certains disent qu'on a diminué le salaire de 30 à 40% ; on n'a pas touché au salaire d'un seul employé. Mais, les heures supplémentaires en aucun cas ne doivent être considérées comme un salaire. S'ils l'ont fait, c'est à leur risque et péril. Les gens ont mal géré leur revenu et ça ne peut en aucun cas être opposable à la société des mines de Bélahouro. Nous estimons que nous avons servi des salaires décents aux employés. L'utilisation qu'ils en ont faite ne regarde qu'eux », s'indigne-t-il.
AVOCET mining qui détient 90% des actions de la SMB a investi près de 250 millions de dollars, soit 125 milliards de francs CFA dans ce projet. Ce projet ne serait pas rentable, avec les coûts de production actuels.
Moussa Diallo
Lefaso.net
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