Crise à l'Institut des Sciences : le SYNADEC condamne le limogeage du directeur général

Publié le mardi 16 décembre 2014

Depuis octobre 2014, l'Institut Des Sciences (IDS), chargé de la formation des élèves professeurs des collèges d'enseignement général en mathématiques, physique-chimie et sciences de la vie et de la terre (SVT) est en crise. A l'origine de celle-ci, un problème d'insuffisance des infrastructures d'accueil, dont le projet de réalisation promis par le gouvernement n'a pas tenu les délais impartis par les parties : il s'agissait d'un amphithéâtre de 700 places et d'autres infrastructures d'équipement. Cet amphi fut promis en prévision de l'accueil de 600 élèves professeurs qui devaient effectuer leur rentrée en octobre 2014.




La rentrée 2014-2015 eut lieu le 13 octobre 2014. Le non-respect des délais de réalisation des infrastructures fit que l'IDS se trouvait dans l'incapacité d'accueillir, les nouveaux élèves dont l'effectif représente le double de ce qu'il recevait habituellement. Face à cette explosion des effectifs, il fallait trouver des solutions palliatives pour assurer sa mission de formation. Le Directeur général, le professeur Lucien Bonou, prit l'initiative de louer une salle en ville. Tous les établissements d'enseignement supérieur sont soumis à cette gymnastique depuis la création de l'Université de Ouagadougou, la mère de toutes les universités burkinabè. Entre les salles du SIAO déjà occupées par l'Université de Ouaga 2 et le département de sociologie de l'Université de Ouagadougou et d'autres salles en ville, le professeur Lucien Bonou opta pour la solution de la proximité. La salle de conférence du Centre Cardinal Zoungrana a le mérite d'être suffisamment grande pour accueillir la classe de 300 élèves professeurs de 2e année. Ledit centre est situé à seulement 1 kilomètre de l'IDS. Les élèves professeurs de 2e année rétorquèrent au directeur qu'ils ne prendraient pas de cours extra-muros. Ils furent soutenus par les 600 élèves fraichement recrutés et qui devaient confirmer leur nouveau statut d'élèves professeurs. Le Directeur général, qui ne peut obliger personne à agir contre l'injonction de sa propre conscience, décide de programmer les élèves de 2e et de 1e année dans les deux amphis de 300 places disponibles. Et la surcharge des amphis créa des situations d'inconfort et une salve de grognes de la part des élèves.

Le professeur Bonou avait la possibilité de prospecter ailleurs en ville, ce qui obligerait les élèves professeurs à parcourir de longues distances. A preuve, des étudiants de Chimie de l'UFR/SEA prennent des cours au Centre culturel Jean-Pierre Guengané sis à Cissin et qui se situe à environ une dizaine de kilomètres de l'Université de Ouagadougou ! Rappelons à tous ceux qui pourraient se le douter que la plupart des institutions disposant de salles de grande capacité (300 à 500 places) refusent de les louer aux universités pour que les étudiants y prennent des cours à cause du risque évident lié à l'éventuelle dégradation des matériels.


Devant le boycott des cours, la scolarité de l'IDS se trouvait dans l'impossibilité de faire l'appel des classes pour vérifier la présence effective de chaque élève. Le 23 octobre, le Directeur des études de l'établissement, le Dr Ousséini So, rencontra les élèves de première année pour leur donner des indications sur les conditions d'accès, d'étude et de vie à l'institut. Il les invita à se présenter le lendemain muni chacun de sa CNIB afin d'émarger devant son nom et de prouver sa présence effective à l'IDS. Sur l'effectif prévu de 600 élèves, 33 n'ont pas émargé devant leurs noms et sont déclarés absents. Quatre d'eux se rattrapent dans les jours suivants. Le 28 octobre 2014, date de rigueur d'établissement de la liste définitive des présences, la liste des 29 absents est transmise au ministère de la Fonction publique qui a procédé à leur remplacement. Oumarou Cissé est un des 29 absents, mais le seul absent dont le cas provoque une situation de casus belli.


Selon ses camarades, Oumarou Cissé, s'est inscrit. A preuve, il a non seulement sur lui sa quittance d'inscription administrative, mais il a surtout été attributaire d'une chambre en cité où il réside et suit régulièrement les cours. En fait l'administration de l'IDS, pour éviter la pénibilité de recherche d'hébergement en ville, prend des dispositions pour héberger systématiquement en cité les nouveaux arrivants. Le fait qu'il soit logé ne signifie pas une régularisation automatique de sa situation administrative. Et s'il était si assidu que cela et attachait du prix à son insertion dans l'établissement, pourquoi n'a-t-il pas émargé devant son nom au moment où tous ses camarades le faisaient ? Quatre retardataires ont pu après le 24 octobre émarger devant leurs noms pour signaler leur présence dans l'établissement. Cela montre que l'administration est flexible devant les cas de retard… Il était le seul qui résidait en cité et qui n'eut pas la présence d'esprit de se mettre en règle en signalant sa présence en classe et malgré son assiduité défendue par ses camarades ! Au moment d'émarger pour toucher le présalaire, Oumarou Cissé s'aperçoit qu'il n'est plus élève et que son concurrent sur la liste d'attente a pris bonne place à ses dépens. Il mesura alors que le premier émargement sans incidence financière avait son pesant d'or, parce qu'il conditionne le second qui devait mettre fin à la précarité de sa situation d'antan. Saisissant le délégué, qui voulait bien réunir toutes les preuves contre l'administration de l'établissement en particulier contre le directeur, la crise fut relancée. Manifestement, le délégué de l'établissement semblait avoir ses comptes à régler au professeur Lucien Bonou. La situation nationale fut propice à ce règlement de comptes. Le cas Oumarou Cissé devint la goutte d'eau qui fit déborder le vase. L'ironie du sort dans cette affaire a voulu que ce soit le Peul qui, dans son nomadisme à l'IDS, fit dégager le Bobo !


Le délégué accompagné de ses camarades et de l'infortuné, allèrent voir le Directeur général qui préférait les recevoir entouré de son staff. A ladite rencontre, le Directeur général fit remarquer que le problème n'était plus à son niveau et que seul le ministère de la Fonction publique pouvait y trouver une solution. La partie étudiante quitta la salle en proférant des menaces. La Secrétaire générale attira l'attention des délégués sur le manque de leur part du respect dû à l'autorité. Les élèves s'organisèrent les jours suivants et déclarèrent le Directeur général persona non grata ; puis ils ajoutèrent à la liste Madame la Secrétaire générale, le Dr Denise Badini, qui eut l'outrecuidance de leur faire une leçon de morale.


Les élèves vont assiéger le ministère des enseignements et demander au tout nouveau Ministre de limoger le Directeur général et la Secrétaire générale de l'IDS. Le Ministre s'exécute verbalement, mais les élèves exigent un papier écrit, signé et cacheté en bonne et due forme. Le Ministre s'exécute dans l'heure suivante devant l'armée d'élèves totalement déchaînée.


Quand ils reçoivent le trophée de leur victoire, le papier du dégagement des deux cibles, ils replient à l'IDS, fiers de cette victoire si importante dans leur expérience de lutte. Après tout, si la rue a chassé Blaise Compaoré du pouvoir, la rue peut décider du sort de n'importe quel autre dirigeant. L'ancien régime, celui de Blaise Compaoré, ne se préoccupait pas de l'autorité de l'Etat, mais de la conservation du pouvoir. Quand les forces vives de la nation réussirent à chasser le locataire de Kosyam, bien des gens et surtout les élèves professeurs de l'IDS ont compris que la rue peut gouverner… Mais jusqu'à quand le gouvernement de la rue peut-il peut avoir force de loi ? Peut-il passer outre la loi pour tout régenter ?


Le 2 décembre lorsque le Directeur général retourne dans l'après-midi au bureau pour prendre ses documents de cours, parce qu'il devait avoir cours le lendemain à l'Université, les élèves l'assiégèrent de nouveau. Ils ne l'autorisaient à quitter les lieux qu'à la condition de ne pas prendre le moindre papier. Car, en revenant dans son bureau alors qu'il avait été suspendu, ils craignaient qu'il vînt prendre des dossiers compromettants. Du coup, il fut soupçonné, au-delà de l'échec de dialogue entre lui et les élèves professeurs, de malversations possibles. Des éléments de la gendarmerie appelée à la rescousse et le Ministère des enseignements vinrent le libérer devant leurs cris de moquerie. Il faut s'attendre au pire dans les mois à venir. Déjà à Koudougou, pendant qu'on suspendait le DG de l'IDS, les élèves professeurs de l'ENS séquestraient, en l'absence du président de l'Université, le vice-président chargé des affaires académiques et le directeur de l'ENS et exigeaient eux aussi la démission du président de l'Université de Koudougou.


Au conseil des ministres, la décision tombe. Un nouveau directeur de l'IDS est nommé, mais l'autorité de l'Etat en a pris un coup. Le peuple a le pouvoir, il l'exerce dans la rue… Au SYNADEC, on est profondément choqué du dénouement de la crise, de voir que le ministre de la république a été forcé de prendre une décision à son corps défendant comme s'il n'avait pas d'autre choix. Le nouveau ministre n'avait peut-être pas mille solutions, mais c'est le précédent créé par cette sorte de prise de décision à la hussarde qui suscite de vives inquiétudes pour l'avenir.

La situation de l'IDS appelle à une réflexion sur la gouvernance dans les établissements d'enseignement supérieur. Les élèves professeurs ont reproché au Directeur général de l'IDS sa longévité à la tête de leur institution. « Onze ans c'est trop », ont-ils dit. Les amalgames sont rapidement faits avec le cas de Blaise Compaoré qui ne voulait pas quitter le pouvoir. Lucien Bonou subira le sort de Monsieur Compaoré. On lui a dit « dégage » et on le dégagea !


Au regard de tout ce qui précède, le SYNADEC remarque que le Directeur général n'a fait qu'appliquer les dispositions de la Fonction publique en matière d'enregistrement et de validation du statut effectif des élèves professeurs. Par conséquent, il relève le danger qu'il y a à prendre une décision devant les manifestants réclamant la tête d'un responsable, alors que sa culpabilité n'est pas encore prouvée. Seule une enquête dûment conduite par des autorités compétentes pouvait permettre de situer les responsabilités et de prendre une décision en fonction des conclusions qui en résulteraient. Le SYNADEC

- condamne fermement la méthode de limogeage du Directeur général et de la Secrétaire générale de l'IDS qui n'eut pour finalement objet que d'humilier des agents loyaux dont le seul tort a été d'être dans le collimateur de mafieux dissimulés dans l'identité d'élèves professeurs.

- appelle à la nomination des chefs d'établissements d'enseignement supérieur après leur élection par la communauté d'établissement.

- Recommande fortement au Gouvernement de la transition de restaurer l'autorité de l'Etat dans toutes les universités, instituts, écoles supérieures et écoles professionnelles afin d'amener chacune de leurs composantes à s'y tenir à la place qui est la sienne et d'y rasséréner les esprits.

- Le SYNADEC se réserve le droit d'engager toutes les actions idoines pour faire respecter les droits et la dignité de l'enseignant-chercheur et défendre l'institution universitaire en cas de récidive de telles prises de décision.


Fait à Ouagadougou le 10 décembre 2014


Pour le SYNADEC

Le Bureau National





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