Successeur de Pascal Irénée Koupaki : un Premier Ministre en trompe-l’œil
Maintenant que l’effet de surprise consécutive à la nomination de Monsieur Lionel Zinsou au poste de Premier Ministre par le Chef de l‘Etat, succédant à celle de Irénée Pascal Koupaki s’estompe, peut être pourrons-nous considérer l’événement avec plus d’objectivité et de sérénité ; et aussi, faire la part des choses. En prélude à mon appréciation sur telle nomination, le questionnement qui secoue mon esprit s’énonce comme suit : Pourquoi nos éminents juristes, quelque exception près, passent-ils telles nominations sous silence.
Un silence complice qui n’évalue pas sa portée
Pourquoi donc les hommes de loi se sont-ils toujours tus sur les différentes nominations de Premier Ministre, bien que d’une portée décisive autant sur le plan juridique que politique ? Ces événements se sont répétés, pourtant, six fois dans l’histoire politique de notre pays pour compter de son accession à la souveraineté nationale. Pour moins que ça l’on a vu les hommes en robe noir, saisir la Cour Constitutionnelle ; pour bien moins que ça nous avons entendu certains d’entre eux, universitaires de surcroît, descendant dans l’arène politique, prendre raisons politiques, des libertés avec les principes du droit positif. A présent que les fonctions de Premier Ministre et aussi de vice-Premier Ministre, investissent insidieusement, mais surement la hiérarchie gouvernementale, sans qu’elles soient prévues nulle part dans la Constitution, ni formellement ni dans l’esprit des textes, il parait bienfaisantde chercher à préciser les choses et d’éclairer notre lanterne. En se taisant, les juristes devraient convenir qu’ils corroborent et entérinent dans son principe même, la fonction de Premier Ministre, en l’absence de tout texte l’autorisant.
L’épopée des Premiers Ministres
Contrairement au Ministre d’Etat, titre honorifique, laissé à la discrétion du Chef de l’Etat, le Premier Ministre est une fonction généralement prévue dans les Constitutions. Il est le Chef du Gouvernement qu’il forme et pour lequel il reçoit l’aval du Chef de l’Etat. Nonobstant le fait qu’elle n’est pas inscrite dans notre Constitution, la fonction de Premier Ministre, ne nous est pas coutumière en raison du fait que tout au long de notre histoire politique, elle s’est faite discontinue, intermittente et surtout dépendante de la volonté de nos Chefs d’Etat, tant civils que militaires, tenant compte plutôt de la conjoncture, des calculs et des intérêts politiques du moment. L’on ne peut donc arguer de la coutume pour justifier la pratique. Le poste va et vient, ainsi, au bon vouloir des Chefs d’Etat. La fonction s’est donc faite intuitu personae, signifiant en Français en ‘’considération de la personne’’ comme dans toute nomination certes, mais sans support juridique pour ce qui concerne la nomination de Premier Ministre. En effet, cette fonction n’a pas droit de cité dans le système juridique que nous nous sommes donné à savoir un régime présidentiel fort qui confère également au Chef de l’Etat, les attributs classiques d’un chef de Gouvernement. Notre histoire est parsemée de telles nominations, qui se déclinent ainsi qu’il suit.
Si mes décomptes sont exacts, la fonction de Premier Ministre a été assurée pour la première fois par Monsieur Hubert Maga du 22 Mai 1959 au 1° Août 1960. Le poste a été supprimé à cette date, suite à l’élection du susnommé à la présidence de la république. Il a fait son retour en 1967 avec le Colonel Kouandété nommé par le Président Emile Derlin Zinsou pour disparaître en 1968. Puis il a refait surface 22 années plus tard, en 1990 avec Monsieur Dieudonné Nicéphore Soglo plébiscité par la Conférence nationale souveraine, pour disparaître un an plus tard en 1991. Le poste de Premier ministre a repris du service en 1996 avec Maitre Houngbédji nommé par le Président Mathieu Kérékou pour disparaître à nouveau en 1998. Puis il a réapparu en 2011 avec Monsieur Irénée Pascal Koupaki nommé par le Président Yayi Boni pour s’évanouir une fois de plus le 8 Aout 2013. Le poste de Premier Ministre vient d’opérer son retour en cette année 2015 avec la nomination de M. Lionel Zinsou. Autant de nominations dans l’illégalité. La chose devient plus inquiétante lorsque, déjà dans l’illégalité, le Chef de l’Etat entreprend de s’y enfermer sciemment en la peaufinant. En effet, non satisfait de récidiver avec le poste de Premier Ministre, il crée à brûle-pourpoint et à la surprise générale, celui de vice-Premier Ministre. Mais que signifient toutes ces nominations et ces fluctuations, ensemble ? Sont-ce là signes d’inadéquation du régime présidentiel intégral à notre société ou s’expliquent-elles tout juste par le fait que nos Chefs d’Etat, et particulièrement celui en exercice, puisqu’il en fait grand usage, tiennent le poste pour le joker qu’ils sortent quand ils sont en difficultés et à la recherche d’un bouc émissaire ou d’un souffre-douleur ?
En tout état de cause, il n’est, de par le monde, d’Etat, quel que soit le type de régime, où la fonction de Premier Ministre s’exerce à la discrétion du Chef de l’Etat, qui peut s’offrir non seulement la latitude de la créer et de la supprimer à sa guise, mais encore de lui conférer les attributions qu’il lui plait selon les enjeux politiques du moment. Au demeurant, nous constatons que les nominations à la fonction de Premier Ministre, dans notre système politique n’impliquent nullement les attributs classiques d’un Premier Ministre. C’est pourquoi il est intellectuellement aberrant de rendre Monsieur Koupaki comptable des actions du gouvernement auquel il a participé, tout comme on ne saura le faire pour l’actuel Premier Ministre.
L’insolite Premier Ministre Lionel Zinsou
Le citoyen ordinaire a, probablement eu des échos des activités de la Fondation qui porte son nom et qui est dirigée par sa propre fille avec conviction et grand dynamisme, totalement intégrée dans la société béninoise et fière de l’être. Cette institution fait un travail remarquable sur le terrain culturel, que ce soit à Cotonou ou à Ouidah. Du reste, elle dispose d’un musée dans cette dernière ville. La Fondation vient de fêter le dixième anniversaire de sa création sous de parrainage effectif de son fondateur. Nous savons gré à Monsieur Lionel Zinsou de cette initiative citoyenne.
Monsieur Lionel Zinsou a joué un grand rôle dans l’organisation de la table ronde des bailleurs de fonds à Paris pour le financement du développement de notre pays. L’on nous apprend, par ailleurs, qu’il est, de vieille date, Conseiller spécial du Chef de l’Etat, depuis sa résidence à Paris. Autant de choses qui témoignent de son attachement au Bénin et pour lesquelles nous lui sommes redevables.
La querelle du double national qu’on lui fait me parait, tout au moins à ce stade, sans intérêt et ne mérite guère que l’on s’y attarde si tant est que tout intellectuel béninois est un double national dans son esprit ; toute autre façon de voir ne serait que vaine littérature. Il me revient de préciser, toutefois, que mon raisonnement sera plus réservé si, au-delà du rôle dans lequel l’a installé le Chef de l’Etat, Monsieur Lionel Zinsou entreprenait d’accéder à la Magistrature suprême car, pourrait effectivement intervenir, en pareille occurrence, l’éventualité du choc des intérêts de deux pays. Mais, il sied de ne pas se fondre en conjecture ; nous n’en sommes pas encore là.
Tout cela étant, je ferais une grave offense au Premier Ministre si je me figurais, un seul instant, qu’il n’a pas, en homme responsable, soupesé tous les risques qu’il prenait en acceptant l’offre qui lui a été faite, et qui, de toute évidence, était viciée à la base. J’imagine qu’il aura été rudement gênant pour lui, nourri au lait du respect de la légalité constitutionnelle, principe sacro-saint dans son pays de résidence, d’accepter une fonction qui n’est pas prévue dans la loi fondamentale de notre pays. La différence entre sa nomination et celle d’Irénée Pascal Koupaki réside, certainement, dans le fait que la dernière a fait l’effet de promotion d’un homme déjà au gouvernement ; aussi n’a-t-elle pas été boudée par l’opinion publique. Mais, force m’est de constater qu’il n’en est pas de même pour la nomination de Monsieur Zinsou ; tant s’en faut. En tout état de cause, l’important, ce sont les effets induits de la fonction qu’il a accepté d’assumer. En effet, c’est à se demander comment il a pu consentir à diriger un gouvernement que, vraisemblablement, le Chef de l’Etat lui a imposé d’office et d’entrée de jeu ? Comment donc a-t-il pu accepter de se mettre ainsi, en toute connaissance de cause, sous la dépendance totale du Chef de l’Etat sans pratiquement aucune marge de manœuvre, alors que c’est ce dernier qui a été le chercher là où il était, à moins qu’il ait reçu des assurances qui n’ont pas été honorées Comment pourrait-il, à fortiori, contrôler des ministres qu’il n’a pas nommés et qui seront prompts à suivre les directives de celui à qui ils sont redevables ? Depuis l’ancien Ministre d’Etat, nommé à la suite du départ de Irénée Koupaki de l’équipe gouvernementale, et qui faisait, naguère, figure de Premier Ministre, devenu à présent vice-Premier Ministre, jusqu’aux autres membres du gouvernement, il est à parier qu’ils lui en feront voir de toutes les couleurs ; des vertes comme des pas mûres. Comment pourrait-il, alors, apporter véritablement une contribution appréciable au développement du pays avec un départ aussi handicapant et dans tel imbroglio, en si peu de temps qui le sépare de la prochaine échéance électorale présidentielle, si ce n’est des actions d’éclat. Peut-être aura-t-il le temps matériel d’exceller dans ce domaine puisqu’il nous dit qu’il est venu ‘’ s’occuper des vrais gens’’.
En tout état de cause, pour ce qui est de la mobilisation des ressources promises, à la réunion de Paris, par les bailleurs de fonds, les hommes d’affaires ne viendront certainement pas investir leur argent tout juste pour faire plaisir à un Premier Ministre quand bien même banquier de renommée internationale, à moins qu’ils aient l’assurance qu’il dirigera le pays, le temps qu’il faudra pour leur garantir un retour sur investissement acceptable, d’autant que la primature lui aura permis de résider dans le pays, la durée de séjour requise pour faire acte de candidature à la Magistrature suprême. Mais alors, ce sera une autre paire de manches, car nous avons dans le pays des prétendants qui ont de réels atouts notamment celui qui l’a précédé au poste qui vient de lui être confié à savoir Pascal Irénée Koupaki.
Ambassadeur Ahouansou Candide
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