Financement des activités judiciaires par les détenus : Michel Adjaka dénonce le gouvernement du Dr Boni Yayi

Publié le dimanche 5 juillet 2015

La situation que vivent aujourd’hui les détenus béninois préoccupe M. Michel Adjaka, Président de l’Union nationale des magistrats du Bénin (Unamab). Sur sa page Facebook, il dénonce le fait que les détenus béninois soient aujourd’hui contraints de financer des activités judiciaires. Lire l’intégralité de ses observations.

« Alors que nous dénoncions sans succès, la pénurie et la pauvreté de la ration servie aux détenus et prisonniers, une nouvelle difficulté secoue actuellement la plupart de nos maisons d’arrêt. En effet, qu’il vous souvienne qu’en 2011, le Gouvernement, soucieux de rapprocher la justice des justiciables, a modifié la carte judiciaire de notre pays en créant cinq (05) nouveaux tribunaux à : Djougou, Savalou, Aplahoué, Pobè, Allada.

Contrairement à la norme qui veut que chaque juridiction ait sa maison d’arrêt ou prison, les nouvelles juridictions sont, à ce jour, sans prisons civiles, ni maisons d’arrêt.

Pour remédier à cette situation, le Gouvernement a dû faire recours aux anciennes maisons d’arrêt réputées pour leur surpeuplement et insalubrité pour recueillir et accueillir les détenus des nouvelles juridictions.

Or l’implantation d’une nouvelle juridiction étant un excitant pour le degré de juridicité, les anciennes maisons d’arrêt, qui n’étaient déjà pas aux normes, sont aujourd’hui quasiment pleines à craquer.

Faute de moyens de transport de détenus, les magistrats sont contraints de programmer et de tenir les audiences de flagrant délit devant rapidement contribuer à désengorger ces maisons d’arrêt une fois par mois.

Pour présenter les détenus à ce précieux rendez vous mensuel, le Ministère de la justice a conclu un contrat de transport avec un transporteur privé. Curieusement, le Gouvernement s’est abstenu de payer ce transporteur. En réplique, celui-ci a suspendu le transport des détenus.

Pour contourner cette nouvelle épreuve, les détenus de certaines juridictions, pour éviter de s’éterniser dans les maisons d’arrêt, ont dû se cotiser pour bénéficier des services salvateurs du transporteur.

Ce drame soulève la récurrente équation du financement du secteur de la justice. Avec un budget estimé à moins de 1% du budget national, soit environ 12 milliards par an, il est impossible à la justice béninoise de faire face à ses missions régaliennes.

Le prisonnier ou le détenu n’est pas un paria, ni la prison un mouroir. Seuls ceux qui sont libres de leur mouvement peuvent aider ceux qui en sont privés; contribuons à l’amélioration des conditions de séjour dans nos maisons d’arrêt ».

Michel Adjaka

Président de l’Unamab


via La Presse du Jour http://ift.tt/1HGfIHt
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