Tentative d’arrestation de l’honorable Candide Azannaï : Lorsque Boni Yayi provoque l’insurrection populaire dans un pays de paix

Publié le mardi 5 mai 2015

Le Bénin est un pays de paix. Mais depuis hier lundi 4 mai 2015, le Président Boni Yayi a délibérément décidé de troubler cette paix. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase et qui a provoqué l’insurrection des populations de Cotonou et l’indignation de pas mal de démocrates béninois est la tentative manquée d’arrestation arbitraire de l’honorable Candide Azannaï.

La confusion était totale hier lundi 4 mai 2015 à Zogbo. Tôt dans la matinée, des forces de l’ordre (gendarmes et policiers) ont pris d’assaut le domicile de l’honorable Candide Azannaï, fraichement élu député sur la liste Union fait la Nation dans la 16è circonscription électorale. Armés jusqu’aux dents, ces éléments ont reçu pour mission d’arrêter mort ou vivant l’honorable Azannaï. Après avoir fouillé le domicile sans avoir trouvé la moindre trace du parlementaire, ces forces de l’ordre en mission commandée ont alors décidé de faire le siège. Ce siège a duré plusieurs heures. Entre temps, la population alertée s’est rendue sur les lieux pour s’opposer à toute arrestation arbitraire de l’honorable Azannaï. Face à la résistance populaire et après plusieurs heures, les éléments envoyés par Yayi ont dû battre en retraite sous une pluie de hués des populations qui scandaient, branchages en mains « Boni Yayi hééélou é ! ».

 Une forte mobilisation

 Pendant des heures, toutes les rues menant au domicile du député Candide Azannaï ont été prises d’assaut par le peuple de Cotonou. Personne n’a voulu se faire compter l’événement. Même les hommes politiques épris de paix et de justice comme  Mathurin Coffi Nago, Eric Houndété, Sacca Lafia, Hélène Kèkè Aholou, Me Joseph Djogbénou, Léhady Vinagnon Soglo, Jude Lodjou, Me Yaya Pognon, Nicéphore D. Soglo…pour ne citer que ceux-là,  se sont  promptement rendus sur les lieux pour apporter leur soutien à leur collègue en danger. Ils ont participé à la résistance populaire.

«Boni Yayi doit comprendre qu’il ne peut intimider personne (…). Nous sommes déterminés à maintenir notre pays dans le camp de la liberté et de la démocratie. Si Yayi Boni touche un cheveu de Candide Azannai, il va quitter le pouvoir comme Compaoré…», a averti Nicéphore D. Soglo, Président-Maire de la ville de Cotonou qui a par ailleurs donné 24 heures au Chef de l’Etat pour quitter le pouvoir après que la situation s’est aggravée dans la soirée du 4 mai 2015. Pour lui, la tentative d’arrestation de Candide Azannaï «est contre toutes les règles démocratiques».

Pour Me Joseph Djogbénou qui a animé une conférence de presse au siège de l’Union fait la Nation, la convocation adressée à Candide Azannaï est tout simplement irrégulière et il ne répondra pas à cette convocation. Léhady Soglo, Président de la Renaissance du Bénin a lui aussi déploré cette tentative d’arrestation d’un député encore en exercice sans passer par la procédure règlementaire. Le Président Mathurin Nago a condamné avec la dernière rigueur l’acte posé par les émissaires du Chef de l’Etat. Pour lui, il y a une procédure qui doit être suivie pour interpeller un député encore en fonction. « Celle qui a été suivie par les forces de l’ordre envoyées au domicile du Président Azannaï viole la loi », pense le Professeur Mathurin Nago.

Gaz lacrymogène, tirs à bout portant, du sang …

Dans la confusion totale qui a régné après que les populations en colère aient brûlé des pneus, du sang a malheureusement coulé. Même des députés ont été pris à partie par les forces de répression envoyées sur les lieux. Les députés Eric Houndété et Jude Lodjou ont en effet eu leur dose de gaz lacrymogène. Il en est de même du Président Antoine Kolawolé Idji.

Aux environs de 16h, le Directeur Général Adjoint de la police Nationale, le Contrôleur Général de Police Nazaire Hounnonkpè s’est rendu sur les lieux. Il a été pompeusement hué par les populations en colère. «Rien de bien ne se fait dans le bruit. Nous sommes dans un état de droit et tout sera tiré au clair. Je vous invite au calme et à la patience» a déclaré le DGPN Adjoint Nazaire Hounnonkpè dont le message n’a visiblement pas contribué à ramener le calme au sein de la foule dont une partie avait tenté de marcher sur la Présidence et le domicile du Chef de l’Etat sans succès. Le cortège des manifestants a été en effet bloqué devant le siège de Vidolé, non loin du stade de l’Amitié. Des éléments de maintien d’ordre ont été déployés devant le domicile du Chef de l’Etat, au niveau du Trésor public et à certains points stratégiques. L’Ortb, le Cnhu et les tours administratives sont complètement militarisés par des forces de l’ordre. Quand au ministère des affaires étrangères, l’institution reste inaccessible. Pour sécuriser le Palais de la Présidence, deux véhicules blindés, communément appelés chars ont été déployés avec des militaires armés jusqu’aux dents. Dans les alentours du stade de l’Amitié, la population en colère casse tout sur son passage. Un camion des sapeurs-pompiers a été entièrement brûlé. Le siège du Mozébé, un mouvement de conducteurs de taxi-motos, proches du Chef de l’Etat a été saccagé.

 Depuis sa tanière

 Alors que régnait la confusion à son domicile en dans les rues de Cotonou, l’honorable Candide Azannaï de son lieu de retranchement a pu échanger avec nos confrères de Soleil FM. Il a déclaré qu’il s’agit d’une tentative d’arrestation à laquelle il résiste parce qu’elle est sans fondement et arbitraire. Il a dit avoir appris que le Chef de l’État se plaint de lui pour outrage à sa personne alors que c’est ce dernier qui en premier, l’a traité lui Candide Azannaï « de petit voyou, de petit bandit de Joncquet ».

Depuis Israël où il séjourne en ce moment, Me Jacques A. Migan, analysant la situation a dit tout simplement que c’est un mauvais présage pour le Président Boni Yayi qui, par cet acte vient de boucler le dossier qui pourrait le conduire devant la Cour pénale internationale si une plainte était déposée.

Tard dans la nuit d’hier, le calme n’était toujours pas revenu.  Circuler dans les alentours du stade de l’Amitié était pratiquement impossible pour ceux qui ont quitté les banlieues de Calavi, Cocotomey, Akassato, Cococodji…Malheureusement, face à cette montée de la tension, la Présidence de la République n’a pas pipé mot.

L’article 90 de la Constitution

La descente opérée hier lundi 4 mai 2015 au domicile de l’honorable Candide Azannaï viole lamentablement la Constitution, notamment en son article 90.  » Les membres de l’Assemblée Nationale jouissent de l’immunité parlementaire. En conséquence, aucun député ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions. Aucun député ne peut, pendant la durée des sessions, être poursuivi ou arrêté en matière criminelle ou correctionnelle qu’avec l’autorisation de l’Assemblée Nationale, sauf les cas de flagrant délit. Aucun député ne peut, hors session, être arrêté qu’avec l’autorisation du Bureau de l’Assemblée Nationale, sauf les cas de flagrant délit, de poursuites autorisées ou de condamnation définitive. La détention ou la poursuite d’un député est suspendue si l’Assemblée Nationale le requiert par un vote à la majorité des deux tiers « . Voilà ce que dit l’article 90 de la Constitution béninoise du 11 décembre 1990. Pourquoi passer outre cette disposition de la loi et envoyer un détachement de forces de l’ordre violer le domicile d’un député ? Pourquoi passer outre cette disposition de la loi et user de forces publiques pour arrêter un député ? Pourquoi veut-on refuser à l’honorable Azannaï la jouissance de cette disposition de la loi alors que c’est sans détour qu’elle a été appliquée à l’honorable Orou Ségué qui a osé influencer un juge dans l’exercice de ses fonctions ? Ce sont là autant de questions qu’on peut aujourd’hui se poser. Dans un Etat de droit, force doit rester à la loi. Et il faut que le Chef de l’Etat le comprenne enfin ! Le monde nous regarde.


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