Projet de loi portant révision du code électoral : Attention aux germes de l'exclusion, prévient le Collectif des Burkinabè de la diaspora de France
A partir du 07 avril 2015, certaines personnes seront plus Burkinabè que d'autres. Ainsi en décidera la transition politique au Burkina Faso. Le processus d'exclusion savamment orchestré depuis plus de 4 mois et camouflé sous le manteau d'une supposée inclusion avec l'aval d'une certaine classe politique, prendra une nouvelle dimension ce jour lors du vote probable de cette loi par les députés du Conseil national de transition. Faute de trouver des solutions véritables aux problèmes des laborieuses populations du pays, les nouvelles autorités ont choisi de faire dans la diversion en créant les conditions de mise à mal de la cohésion sociale.
Dans les lignes, ce projet porte en lui les germes de la division. En effet, il stipule que « Sont inéligibles, outre les dispositions de l'article 162 du code électoral, 1) les militaires et les magistrats en activité, en disponibilité, en détachement ou à la retraite et ayant démissionné moins de 5 ans avant la date de déclaration de leur candidature, 2) les personnes ayant soutenu ouvertement la modification de l'article 37 ».
Cette loi prévoit en outre le renvoi du vote des Burkinabè en 2020, le relèvement de la caution de 10 à 50 millions de F CFA, la suppression des gadgets en période électorales, l'autorisation des candidatures indépendantes aux législatives et aux municipales et la suppression du parrainage. Certaines de ses dispositions sont pertinentes en ce sens qu'elles devraient effectivement contribuer à consolider le processus démocratique. Seulement, sur certains aspects, la nécessité d'une marche arrière s'impose.
Le caractère inclusif de la transition prôné dès les premiers moments du renouveau au BF est remis en cause par l'idée de dire aux populations que les anciens fils qui ont dirigés le pays vont devoir payer au prix fort les raisons de leur engagement à soutenir une vision de développement. Semble être visés : les anciens ministres, les anciens maires, les anciens conseillers régionaux, etc.
L'opinion est curieuse de savoir par quel type de contorsion cette dangereuse orientation va être justifiée. Si l'argument du « plus rien ne sera comme avant » est régulièrement brandi à souhait, il reste que la transition doit aller au bout de sa logique. Si elle estime que certaines personnes ont posé des actes de nature à saper la cohésion sociale et si elles tombent sous le coup de la loi, la justice devrait alors se charger de leur sort pour éviter que l'inclusion ne fasse effectivement le lit de l'impunité.
La Charte de la transition paraphée par toutes les composantes de la vie nationale reconnait clairement dans son préambule le rôle important que peuvent jouer tous les fils dans la construction d'un Burkina nouveau. Ce passage de cet important document devrait d'ailleurs interpeller la conscience des partisans de cette révision de la loi électorale. Le texte de la Charte écrit que « Considérant la nécessité d'une transition politique, démocratique, civile, apaisée et inclusive ». Plus loin, il précise que « Tirant leçon de notre expérience politique et engagés à construire un véritable Etat de droit démocratique ». L'article 1 conforte notre argumentaire : « Outre les valeurs affirmées par la Constitution en son préambule, la présente Charte consacre les valeurs suivantes pour guider la transition, ses organes et l'ensemble des personnalités appelées à la conduire :
• le pardon et la réconciliation ;
• l'inclusion ;
• le sens de la responsabilité ;
• la tolérance et le dialogue ;
• la discipline et le civisme ;
• la solidarité ;
• la fraternité ;
• l'esprit de consensus et de discernement ».
Inutile donc de reproduire ou de démultiplier les erreurs et les égarements du passé. Car après avoir acté la mise à l'écart d'une bonne partie des citoyens notamment les Burkinabè de l'extérieur dans la perspective des prochaines élections, l'adoption de ce projet de loi pourrait sonner le glas du processus d'apaisement matérialisé par la mise en place récente de la commission de la réconciliation nationale et des réformes. Ces velléités contreviennent aux dispositions de l'Article 168 de la Constitution.
C'est donc au regard de l'ensemble de ces éléments que le Collectif des Burkinabè de la diaspora de France, très attaché aux valeurs de paix, en appelle au sens de la responsabilité de la transition pour éviter de plonger le pays dans des incertitudes troubles. Ce point de vue citoyen vise à apporter un autre son de cloche à la richesse des débats en cours au BF dans le but que les réformes envisagées prennent en compte toutes les tendances.
Le Collectif de la diaspora qui suit de près l'actualité nationale, se reverse le droit de porter de nouveau sa voix dans la dynamique des débats chaque fois que de besoin sera.
Même pays, même patrie, même combat !
COORDINATION
ISMAEL KABORE
via leFaso.net, l'actualité au Burkina Faso http://ift.tt/1GYybhI