Lettre ouverte au Conseil National de la Transition : L'exclusion pourrait-elle servir la réconciliation dans la justice pour une paix authentique ?
Monsieur le Président et Membres du Conseil National de Transition (CNT), les 30 et 31 octobre 2014, le Burkina Faso a connu une insurrection populaire qui a témoigné de sa maturité et de sa détermination affichée à assumer ses choix politiques. Face à l'intransigeante volonté de modifier l'article 37, le peuple a opposé un refus historique qui lui value l'admiration du monde entier et surtout celle des pays africains en quêtes de vraie démocratie. Le peuple a payé cet honneur par le prix du sang de ses fils martyrs et la bravoure des assoiffes de paix et de justice dans une démocratie solide.
Monsieur Blaise Compaoré, face au verdict du peuple, a démissionné ; tous les baobabs du parti au pouvoir ont été détrônés et emportés par l'ouragan de la colère populaire. Conséquence, une transition est installée pour assainir le climat, promouvoir une atmosphère de réconciliation dans la justice pour que le pays retrouve un souffle authentique qui l'animera tout le long de son chemin. Au regard de cette noble mission, je vous voudrais user de ma petite voix pour attirer votre attention sur les dangers possibles de l'adoption du projet de loi à être votée le 07 avril 2015. Laquelle loi porterait des germes d'exclusion. Je ne suis mandaté par personne, exceptée, la soif patriotique pour la paix dans notre Burkina. Il y a certains points qui méritent d'être débattu avec moins de passion pour leur donner la chance d'être traités avec le maximum possible d'objectivité, nécessaire pour le plus grand bien du peuple, même si pouvant compromettre les intérêts privés inavoués.
Monsieur, le Président, Mesdames et Messieurs les Membres du Conseil National de Transition (CNT), l'exclusion est un explosif. Je ne voudrais plaider que pour la paix. Je voudrais m'appuyer sur l'histoire pour justifier ma peur que l'exclusion expose le pays à un risque d'éclatement.
Apprenons à apprendre de l'histoire, l'exclusion est comme un produit chimique qui fait exploser. La politique d'exclusion en Côte d'Ivoire a conduit à la fraction du territoire national par la création d'une rébellion dans les années 2001. On se rappelle tous, que l'actuel président ivoirien, Alassane Dramane Ouattara a été victime d'exclusion. Il était certain que dernière le leader Alassane qui était combattu, se réfugiait une partie du peuple ivoirien, une portion non négligeable : peut-être tout une région ou une religion ? Les conséquences ont été tristement visibles pour tous. Presque 10 ans de guerre inutile qui aurait pu être évitée, mais qui malheureusement s'est soldée par des milliers de morts. Même des pays voisins en ont payé pays un lourd tribut.
La tentative de Blaise Compaoré de modifier l'article 37 de la constitution aux fins probables de s'éterniser au pouvoir, pourrait être vue comme une politique d'exclusion a deux niveaux. Une exclusion des autres partis (opposition) compte tenu du fait que visiblement, avec les avantages de 27 ans au pouvoir (matériels, financiers, assise de toute nature), il disposerait de toutes les chances pour ne jamais se faire battre sur le terrain. Les parties de l'opposition ont risqué de leur vie pour dire non.
Vue de l'intérieur, c'était une forme d'exclusion des cadres de son propre parti. Ceux qui pouvaient caresser le rêve de vouloir postuler un jour étaient réduits au silence. Certains, se sentant légitiment frustrés, ont claqué la porte à un moment inattendu. A l'honneur de l'adage qui stipule que ceux qui se ressemblent s'assemblent, le Mouvement du Peuple pour Progrès (MPP) a été créé. Le départ du trio Rock, Simon, Salif, (RSS) imprudemment qualifié de « non-évènement ». Et pourtant, il a conduit à la naissance de ce nouveau parti, le MPP qui a pesé lourd dans la gifle infligée au « CDP restant » à travers l'insurrection populaire des 30 et 31 Octobre 2014. La politique d'exclusion implicitement dictée par la volonté de modifier l'Article 37 a causé l'éclatement du CDP, le tout ancien puissant (tug guili) qui raflait tout sur son passage.
La stabilité future du pays serait-elle liée au vote de ce projet de loi ?
La raison « d'avoir soutenu ouvertement l'article 37 » serait-elle un justificatif suffisant pour prôner l'exclusion des responsables. Examinons. Comparons le débat sur l'article 37 à un match de football. Beaucoup ont pris part au démarrage du jeu. Vers la 75eme minute, certains, (victime d'exclusion ?), ont dû quitter le terrain. Cependant, d'autres sont resté jusqu'à la prolongation qui s'est joué les 30 et 31 octobre 2014. Dans ce cas précis, de l'angle du peuple, qui seraient comptables des méfaits de la rencontre ? Ceux qui ont quitté plus tôt ? Ou ceux sont restés jouer jusqu'à la fin ? Seraient-ils tous comptable du résultat du match ? Si le match n'avait pas été organisé, on ne parlerait pas de fin encore moins de fin malheureuse. Sur la base de cette conclusion, acceptons que personne ne soit assez pur pour accepter que l'on écarte les autres.
Laissons le soin au peuple d'appliquer son verdict
Monsieur le Président, chères Conseillères et Conseillers, personne ne doit encore douter de la maturité politique du peuple Burkinabè. Au plus sceptiques qui croient toujours qu'avec un tee-shirt ou un sac de riz on peut facilement arracher les voix des citoyens, je recommanderai de se référer au vote sanction dans l'arrondissement de Nongr-massem. Et plus encore, l'insurrection populaire est le signe incontestable que le peuple mérite une confiance plus grande. Le vote d'une loi d'exclusion au CNT ne serait peut-être la solution efficace. Donnons plutôt l'autorité au peuple de sanctionner qui il veut. Le peuple ne nous montre pas les signes d'attardé mental pour bénir aveuglement son inconverti bourreau d'hier. Même s'il ne s'aime pas, il ne serait pas prêt à mettre du sable dans son propre couscous. Il en découle que là où il a la possibilité d'exercer son verdict, laissez-le agir. Ce qui urge de votre côté c'est de pousser à la création d'institutions fortes pour une démocratie mure au Burkina Faso : rendons à la justice son indépendance.
Permettez à la CENI de mettre en place un système fiable pour éviter les fraudes électorale. A chaque de consolider sa base pour prouver son assise sur le terrain. Quand on gagne au prix de l'exclusion, on expose son entourage (peut-être soi-même aussi) à la colère justifiée et mortelle de la partie exclue. Au contraire, si on remporte par les voix justes, les candidats malheureux ne pourront qu'assumer avec une humilité imposée, leur défaites. Le peuple assumera la responsabilité de son choix.
Monsieur le Président, chers Conseillers, le plus urgent concerne moins des actions spontanées qui viseraient les intérêts privés de groupes. Le plus important c'est de travailler rapidement à la création d'institutions fortes qui éviteraient les folies personnelles et les dérapages de tout genre dans le futur. Permettez à la justice de répondre à l'aspiration du peuple. A ce niveau, les attentes sont multiples et vous les connaissez bien. Rendre justice là il faut.
Pour conclure, je suggère que tout esprit de vengeance soit banni ; ce qui n'est pas synonyme de faire fi de la justice. L'essentiel à faire, je vous le décline en empruntant les mots du président révolutionnaire ghanéens, John Rawlings ; le plus important à cette étape de l'histoire du Burkina, c'est de créer des institutions fortes, de telle sorte qu'après la transition, même si le diable venait à gouverner le Burkina Faso, qu'il n'est pas la possibilité de s'écarter de la volonté du peuple. Pour réussir la perspective d'une réconciliation dans la justice, pour une paix dans le pays, fuyons toute forme d'exclusion. En effet, si nous apprendrons à apprendre de l'histoire, nous nous rendrons à l'évidence que l'exclusion serait un explosif et une menace réelle à la paix. Courage dans votre mission historique et exaltante de rassembler les burkinabè.
Que Dieu bénisse notre chère Partie.
Sibiri Nestor SAMNE
Communicateur/sasimastor@hotmail.com
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