Transition politique au Burkina Faso : Attention au péril religieux
Au fur et à mesure que les actions de la transition sont rendues effectives au Burkina Faso, des décisions inquiétantes nous obligent à poser courageusement le débat autour d'un sujet qui a été longtemps entouré d'un certain tabou. L'équilibre religieux qui cimente la stabilité sociale du Burkina Faso semble être remise en cause au regard de la configuration des équipes mises en place par les nouvelles autorités. L'option de rompre avec d'anciennes pratiques est, certes judicieuse, mais elle devrait s'entourer d'un grand nombre de garanties.
L'opinion publique le constate, ces derniers mois au BF, l'église protestante est adoubée de façon discriminatoire, donnant ainsi l'impression que les autres religions n'ont plus véritablement droit de cité dans le processus en cours. Inutile de jouer longtemps encore la politique de l'autruche en donnant l'impression d'ignorer cette réalité, de ne rien savoir ou de rien voir. Les équipes mises progressivement en place par le premier ministre Yacouba Isaac ZIDA et ses collaborateurs ont une coloration religieuse fortement déséquilibrée au point de susciter des appréhensions légitimes d'une bonne partie de la population de notre pays qui a su toujours vaincre le démon silencieux sommeillant dans les petits détails de la religion.
Les catholiques et les musulmans sont aujourd'hui et de façon inexorable confinés, voire oubliés comme si les nouvelles autorités avaient choisi à dessein de leur faire payer une soi-disant accointance avec l'ancien régime. La composition du nouveau gouvernement, la nomination des gouverneurs de régions, le visage des nouveaux hauts commissaires, la configuration du staff de la présidence du Faso et du premier ministère, tout ou presque est fait au détriment des autres religions comme si les populations qu'elles représentent n'étaient plus qu'en reste dans notre pays. Pour une transition censée durer un an, il y a véritablement lieu de s'inquiéter que de ces germes ainsi semés n'éclosent des fruits au goût amer.
La religion est un dangereux monstre qu'il importe de dompter avec beaucoup de tact et de délicatesse pour éviter de le mettre en rogne et qu'il dévore tout sur son passage. Ce que nous disons n'est pas une simple vue de l'esprit. Les illustrations évoquées plus haut donnent de la portée à cette observation. Tous les régimes précédents avaient conscience de l'importance de cet équilibre. C'est pourquoi, elles étaient parvenues à contenter toutes les composantes de la société burkinabè en les associant à toutes responsabilités, naturellement en fonction de leurs compétences, et, dans ce cas précis, elles n'en sont pas dépourvues. Mais manifestement, cette période semble révolue. Les pays qui n'ont pas su organiser cette alchimie en payent aujourd'hui de lourds tributs. L'exemple de la guerre civile en République Centrafricaine est assez évocateur pour ne pas être cité en soutien à cet argumentaire.
Nous tenons particulièrement à préciser que ce propos n'a nullement l'intention d'en rajouter aux frustrations qui grognent en sourdine. Cet avis est destiné surtout à attirer l'attention de la Transition sur la nécessité de manipuler la bombe religieuse avec beaucoup de délicatesse. Sinon les artificiers les plus expérimentés ne pourront pas désamorcer l'explosif ainsi armé.
Ce propos n'est point dirigé contre une religion. Tous les fidèles des différentes confessions ont leur place dans notre pays. Ils ont appris à vivre en parfaite intelligence et harmonie depuis des lustres. C'est pourquoi, dans l'urgence, nous en appelons au président Michel KAFANDO et au Lieutenant-colonel Yacouba Isaac ZIDA à faire preuve d'une très grande hauteur de vue en œuvrant à maintenir intact cet équilibre religieux que nos pères et dirigeants nous ont légué. Même si plus rien ne sera comme avant, il est capital de ne pas favoriser l'éclosion de frustrations inutiles.
A ce titre, il importe pour le Président et le Premier ministre de garder à l'esprit que c'est en ne frustrant durablement aucune entité qu'ils parviendront à montrer que le Burkina Faso est une fusion fraternelle de protestants, de musulmans, de catholiques et d'autres religions non moins importantes. C'est d'ailleurs fort de cette cohésion que des regroupements de toutes les composantes religieuses et coutumières ont été mises en place et sont consultées régulièrement pour des questions d'intérêt général. Il est important d'en tenir compte parce que la contribution de tous peut être utile pour réussir le pari du renforcement de la cohésion sociale.
Collectif de la Diaspora Burkinabè de France
ISMAEL Ouedraogo
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