Transition burkinabè : les os d'une société si vile
La meilleure casquette qui sied actuellement à la race spontanée des Organisations de la société civile (OSC) du Burkina Faso serait celle de chauve-souris. A l'image de ce mammifère ni oiseau ni animal et les deux à la fois, à la réalité des faits et des gestes de leurs leaders, celles-ci ne méritent pas d'être mises sur le même pied d'égalité que les traditionnels associations, regroupements, mouvements et cadres qui ont toujours brillé par leur sincérité et par leur dynamisme pour que le pays des « Hommes intègres » change qualitativement sur tous les plans.
Chaque jour voit son lot de fanfarons se réclamer des OSC sans que leurs organisations ne soient, dans le fond, ni civiles et sociétales, ni apolitiques. L'indépendance, la neutralité et la franchise des hommes et des femmes, qui les animent, restent à discuter. Du coup, le sigle OSC se trouve, à la fois, abusé et galvaudé. Il revêt, de jour en jour, une connotation de fourre-tout, un panier à crabe dans lequel ses membres sont souvent crochus parfois antagonistes, tantôt en coalition tantôt en collusion.
La plupart des OSC, qui naissent et essaiment actuellement le pays, démentent fortement les traditionnelles missions à elles dévolues et leur rôle premier dans la bonne marche de la Nation. Elles sont nombreuses à s'arroger des pouvoirs et des droits qui ne sont vraiment pas les leurs. Les accointances avec les leaders politiques et les opérateurs économiques sont légion. Ce sont en réalité des « FEDAPP-BC » déguisées. Un pied avec le politique et l'autre avec les affaires. « On Suit la Cagnotte ! ». Voilà le sens que de nouveaux venus dans cet univers retiennent des OSC et rejoignent certains de leurs membres qui ont longtemps terni leur image en détournant les financements à des fins personnelles, en se transformant à des forces occultes ou en se muant en des associations ou mouvements à gage. Elles peuvent se révéler des épines douloureuses au printemps démocratique burkinabè. Il n'est plus certain qu'un son de cloche venant d'une OSC traduise profondément sa volonté de « défendre et de sauvegarder » quoi que ce soit. Il reflète le plus souvent une propension à prêcher pour une chapelle donnée.
Des révélations sur l'origine du financement des marches récentes remettent le débat sur la table. Après l'échec du projet de loi référendaire et des velléités de modification de la Constitution, certaines OSC devraient réviser leurs objectifs pour s'inscrire dans la nouvelle dynamique de construction nationale. A contrario, elles n'ont vraisemblablement plus leur raison d'être. Si les OSC ont toujours existé au Burkina Faso, leur présence s'est accentuée ces derniers mois. Le projet de révision de la Constitution a entrainé une floraison de mouvements, de regroupements, d'associations, de cadres se réclamant comme tel. Quels que soient leurs appellations et leurs objectifs, qu'elles soient anciennes, récentes ou spontanées, la plupart d'entres elles ont été révélées et projetées au devant de la scène burkinabè sociopolitique nationale avec l'insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014.
La cacophonie gloutonne avec laquelle elles ont revendiqué leur part du gâteau au lendemain de la victoire du peuple sur le régime de Blaise Compaoré, notamment lors du choix de leurs représentants au Conseil national de la Transition (CNT), laisse plus d'un, sceptique, sur leur volonté de veiller sur le processus de démocratisation afin prévenir ou de dénoncer les dérives d'une classe bigarrée en transit dans la conduite des affaires et fonctionnant en réalité comme une hydre. Face à celle-ci, un paysage politique où l'obédience et l'idéologie ne constituent plus une préoccupation première dans cette course effrénée pour la Présidentielle du 11 octobre prochain. Les OSC auraient gagné à se positionner comme « la clé de voûte de la morale » entre ces deux groupes. En allant prestement à la soupe, leurs vérités d'hier ne seront plus celles d'aujourd'hui. Certains leaders d'OSC ne vont pas bientôt échapper à cette phrase désarmante propre à une race de Burkinabè : « Fous le camp ; on se connait tous ici là ».
Autant des partis politiques ont cru bon d'infiltrer des OSC, aux premières heures de la contestation contre le projet de loi référendaire, pour lancer l'assaut final contre le régime Compaoré ; autant des membres de la société civile ont intégré, à visage couvert ou découvert, les instances dirigeantes de certains partis politiques dans la perspective d'une étoile sur Kosyam. Quand des leaders d'OSC prennent la parole, il est difficile de situer l'opinion s'ils interviennent au nom de leur parti ou de celui de leur organisation de la société civile. Il convient de dissiper cet amalgame au plus tôt. Pour avoir franchi ce pas qu'aucun fossé malgré le principe « association apolitique » guidant les OSC, des personnalités, jadis très respectées, voire vénérées, pour leur engagement dans la lutte contre la pauvreté aux côtés des couches défavorisées telles Bernard Lédia Ouédraogo de la Fédération des six « S » et des Groupements Naam, se sont vues ridiculisées au sein du CDP et perdre leur aura au sein de la population.
Après le partage des restes du régime de Blaise Compaoré, un contrôle, en amont et en aval, s'impose aux principaux acteurs des OSC. Il faut assainir le milieu, ici et maintenant, en l'appliquant strictement les dispositions relatives aux libertés publiques fondées sur les critères suivants : la déclaration de reconnaissance, la possession d'un récépissé, le respect des statuts et du règlement notamment la tenue des assemblées générales et le renouvellement des instances dirigeantes. A ceux-ci, peuvent s'ajouter une enquête de moralité approfondie des responsables, l'assurance que ceux-ci sont membres des instances d'un parti ou formation politique, les sources de financement. Une telle fouille révélerait bien de réalités au sein des OSC. Certaines, longtemps en hibernation, ont hâtivement dépoussiéré leurs documents, périmés, pour pouvoir prendre part au partage du butin des 30 et 31 octobre tandis que d'autres se sont littéralement écartés de leur ligne de conduite.
Des plus sérieux aux plus plaisantins, les leaders des OSC doivent tôt ou tard être soumis au rigoureux regard régulier, constant et permanent des pouvoirs publics. Pour être légitimes et profitables à la nation, leurs actions et leurs activités doivent être encadrées et s'inscrire dans la légalité. A contrario, elles serviront de terreau à un désordre sans précédent. A force d'accorder trop de liberté ou de laisser-aller à ce milieu, de fermer les yeux sur des agissements de leurs prétendus responsables, l'on court le risque qu'ils soient la porte d'entrée de certains maux tels l'impérialisme, le fanatisme, l'intégrisme, l'anarchie, l'homosexualité, etc. Les organisations qui se sont muées en Alqaida, Klux Klux Klan, Black Panthers, Boko Haram tiennent, en partie, leur triste renommée des sources incontrôlées de financement. Sous l'influence de donateurs, Il y a des générosités et des mécénats qui arrivent, à terme, à trahir les objectifs fixés, au départ, par une organisation.
Il est de notoriété que rares sont les OSC qui, en grande partie, fonctionnent et mènent des activités grâce aux cotisations de leurs membres comme le prétendent leurs statuts et règlement intérieur. Elles ne sont pas aussi nombreuses à bénéficier de partenaires financiers traditionnels. A cause du flou qui entoure le fonctionnement et les actions de certaines OSC, leurs leaders passent le temps à quémander et à glaner des financements de gauche à droite. Ils n'hésitent pas à vendre parfois leur âme au diable et de trahir leurs convictions. Voir clair dans les activités des OSC et dans l'identité de leurs responsables, c'est séparer la bonne graine de l'ivraie afin de donner toute la latitude aux vrais acteurs de poursuivre leurs œuvres salvatrices pour le progrès social du Burkina Faso.
Une certaine opinion n'hésite pas à croire que les OSC burkinabè sont, dans leur grande majorité, truffées de vagabonds, de fainéants, de délinquants et d'escrocs, sans engagement aucun si ce n'est celui de la mendicité institutionnelle. De sinistres personnages se cachent derrière les OSC pour semer le trouble et saper la détermination de leurs vrais acteurs qui s'échinent à l'avènement d'une société plus humaine et plus juste. Sous le manteau des OSC, des fossoyeurs notoires des affaires publiques se sont vus subitement oints d'une mission et poussent l'outrecuidance à scander ces temps-ci, « Plus rien ne sera comme avant », tout en oubliant leur sombre passé que le laxisme et l'impunité des temps anciens ont permis, un tant soit peu, de taire. La situation actuelle est susceptible réveiller, à tout moment, la vraie personnalité des uns et des autres. Rares sont les Burkinabè qui peuvent certes se targuer d'être blancs comme neige mais certaines initiatives doivent reposer sur un minimum de décence et de probité. Une OSC ne saurait être créée du jour au lendemain et guidée contre une personne ou un groupe de personnes. Elle doit s'inscrire dans la durée et user d'un ton impersonnel pour « défendre et sauvegarder » ceci ou cela. C'est à un système, à un etablishment, à des pratiques que l'on a affaire. Il faut détruire le mal par la racine.
L'embellie actuelle de l'univers des OSC doit être une aubaine pour clarifier leur place et leur rôle sur la scène nationale. D'autant qu'elles sont de plus en plus nombreuses à descendre de leur piédestal de sentinelle de la démocratie. La noblesse de la participation de certaines à la reconstruction nationale pourrait être souillée par l'agitation ou l'activisme, malsains et à dessein, des autres. Les récents évènements ont révélé les actes flous de certains leaders de la société civile. Cela commande que l'on ouvre l'œil pour les élucider avant que leurs habitudes ne salissent le noble combat du peuple. Au lieu de saisir la nouvelle dynamique du processus démocratique pour œuvrer à la réconciliation, à la sensibilisation et à la conscientisation, des mouvements et des associations, des OSC continuent de tenir une partie de la population par le chantage, la pression et la psychose. Certains leaders de la société civile ont saisi la situation précaire actuelle pour se frayer honteusement une voie ou une occupation dans la vie. Ils tiennent malicieusement des opérateurs économiques dans la peur et entretiennent des espoirs sans lendemain auprès de leaders politiques sans assise.
Il se susurre de plus en plus à Ouagadougou et dans d'autres villes du pays, les exploits de véritables gangsters que des personnes se réclamant abusivement des OSC ont accompli au cours de l'insurrection populaire en orientant des bandits et des vandales aller piller et saccager des biens d'autrui. Il ne s'agit pas là ni des pillages habituels auxquels l'on assiste habituellement ni du saccages sous l'effet de révolte des domiciles des porte-voix de la révision de l'article 37. Tout porte à croire que les 30 et 31 octobre ont été une opportunité pour de prétendus leaders d'OSC de régler leurs vieux compte à certains individus. Des objets pillés ont été même aperçus et identifiés chez certains. Ces bourreaux cagoulés au milieu des vaillants acteurs des OSC ternissent l'image des vraies organisations que le peuple burkinabè a toujours connues et reconnait pour leur intégrité. Les OSC sans idéal conduites par des hommes et des femmes à la courte échelle continuent d'user de subterfuges pour maintenir, dans des liens d'obligés, des compatriotes devenus très vulnérables par la situation actuelle.
Des hommes d'affaires jugés à tort ou à raison proches de l'ancien régime et des bonzes des partis « vaincus » ont dû même trouver des modus vivendi avec ces « os de la société si vile » avant de reprendre leurs activités ou mettre le nez dehors. Comme des membres d'une mafia, ils se font ainsi financer régulièrement pour leur propre poche ou pour le compte de leurs supposées activités. Cela relève tout simplement d'une escroquerie « OSCISEE » qu'il faut craindre. Au moment de se flatter d'un retour du pays à un Etat de droit normal, il n'est pas exclu que des expéditions punitives soient dirigées contre ces mafieux. Des Burkinabè ont certes abusé de leur pouvoir cautionné par le régime de Blaise Compaoré pour infliger un lot d'injustices à leurs compatriotes et vider les deniers publics. Mais force est d'être souvent lucide et honnête pour reconnaître que d'autres Burkinabè ont bâti leurs assises sociales et économiques grâce au fruit du travail. Malheureusement, ils ont aussi payé les errements d'une vindicte populaire souvent dirigée par une main tapie dans l'ombre. Les OSC doivent conjuguer leurs efforts pour apaiser les cœurs et aider un peuple à se réconcilier pour envisager l'avenir avec sérénité. Il leur appartient de saisir les appels incessants, lancés çà et là, pour une reconstruction inclusive de la nation. Aucun membre des OSC ne doit trahir sa mission première en attisant la division, la haine et de la rancœur.
Filiga Anselme RAMDE
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