Lettre ouverte au Ministre des infrastructures, du désenclavement et du transport : Il faut penser à l'axe Poura-Route nationale n°1
Monsieur le Ministre,
« La route du développement passe par le développement de la route » a-t-on souvent l'habitude de dire. Les autorités du Burkina Faso l'ont très bien compris en reliant par le goudron toutes les régions à la capitale. Le Président de transition Michel Kafando l'a également inscrit en lettre d'or dans son agenda politique lors de son discours à la nation le 31 décembre 2014.
Qu'à cela ne tienne, mais l'arbre ne doit pas cacher la forêt. Quand on pénètre le « Burkina profond », c'est tout une autre réalité. L'axe Poura-route nationale N°1 en est un bel exemple et à la fois une triste réalité.
La zone de Poura est connue depuis les périodes précoloniales par la richesse de son sous sol en gisement d'or. Ce réservoir minier a renfloué les caisses de l'Etat et bien qu'ancien, Poura reste toujours une zone d'attraction à des milliers d'orpailleurs venus de toutes les régions du Burkina. Il est lamentable et inconcevable que ce petit tronçon d'une vingtaine de kilomètre reste impraticable, même en saison sèche. Chaque jour, un nombre très important de véhicules empruntent la voie. Poura à lui seul, dispose de plus de dix taxis en circulation, près d'une dizaine de mini cars en provenance de Fara et de la frontière du Ghana, des camions de transport de marchandises diverses et la liste est loin d'être exhaustive.
Le marché de Fara qui constitue également une foire sous régionale mobilise un grand monde chaque six jours venant surtout du Ghana et de toutes les localités du Burkina. Poura est un grand producteur de banane et cela a suscité la création de la foire de banane qui est à sa deuxième édition. Ce grand tableau ainsi peint montre à tel point ce petit tronçon a besoin d'être entretenu puisque très pratiqué à longueur de journée.
Monsieur le Ministre,
Tenez vous bien, l'état calamiteux de cette voie est un véritable handicap pour le développement de la zone de Poura. Quand on se rend compte de ce que le pays a tiré de son sous sol en or, on en déduit que Poura ne mérite pas un tel sort. Pendant l'hivernage de 2012, il fallait débloquer 2500F pour rejoindre la grande voie, distante de 20 kilomètres. Des dizaines de véhicules pouvaient s'embourber et des cargaisons de bananes se réduisent en pâte et souvent irrécupérables. Des propriétaires de taxi ont mis leur véhicule au garage du fait de l'état de la voie. Et pour se rendre compte de la détérioration de la voie, à l'état actuel, très peu de véhicule peuvent parcourir ce tronçon de 20 kilomètres en moins d'une heure. Ce qui donne encore plus de facilité aux brigands de se faire de bonnes affaires avec des braquages orchestrés à tout moment. Et si on sait que le CSPS (Centre de Santé et de Promotion Sociale) de Poura ne dispose d'aucune ambulance en circulation, imaginez une évacuation en taxi dans de pareilles circonstances.
Eh oui, on dira que le bitumage d'une route coûte excessivement cher. Si les moyens de bitumer l'axe Poura-carrefour font défaut, il ne va quand même pas manquer de moyens de charger la voie en terre rouge comme ce qui se fait sur d'autres axes. Malheureusement, à quelques rares occasions, on ne fait que racler la voie qui se transforme en une retenue d'eau sans aucune issue de passage. Et pendant l'hivernage c'est le comble ; les véhicules pataugent dans une boue à la vitesse du caméléon. Ce silence de cimetière de nos autorités amène la population chaque année à se mobiliser à travers des quêtes pour ne pas être coupé du reste du Burkina. Mais l'état actuel de la voie n'est pas à sa portée.
Monsieur le Ministre,
En attendant les élections d'octobre 2015 où les politiciens en quête de voix électorales viendront encore avec des promesses faramineuses qui ne se réaliseront jamais, faites un tour à Poura pour vous rendre compte qu'il ne s'agit pas d'une description exagérée et pessimiste mais du vécu quotidien des habitants de Poura. La population de Poura et environnants est très mécontente et avant que la colère ne se dégénère, une solution doit être trouvée avant l'hivernage. Si à l'état actuel, rien n'est fait ce sera le calvaire et il n'ya pas d'autres possibilités de sortir de Poura si ce n'est que par cet axe.
Monsieur le Ministre,
Tout en vous remerciant pour votre esprit d'écoute et de votre volonté manifeste d'accompagner cette localité du pays délaissée, ignorée, une population qui bat de ses propres ailes et pourtant productrice de devises, la population de Poura vous traduit ses vifs et sincères remerciements. Et comme « plus rien ne sera comme avant », nous fondons l'espoir et osons croire que les mois à venir ce sera le bruit des Caterpillar qui réveillera la population pour le début des travaux d'entretien de cette voie routière.
Karim KABORE
abdoulkaka@yahoo.fr
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