Immigration clandestine vers le Gabon : 11 burkinabè probablement aux côtés de Boko Haram
Le phénomène de l'immigration clandestine des burkinabè, particulièrement vers le Gabon et la Guinée Equatoriale pourra devenir un fléau si rien fait. C'est du reste l'alerte que donne Clément Somé, délégué du Conseil supérieur des burkinabé de l'étranger au Gabon à travers son documentaire titré « Immigration clandestine : risques encourus ». Un film sur un format de 20mn16s qui a été projeté dans la salle de conférence du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération régionale lundi 26 janvier 2015, en présence d'anciens immigrés rentrés au pays. Capturés, certains combattraient aux côtés de Boko Haram.
Ce film retrace le calvaire que vivent des burkinabè dans leur tentative de rejoindre le Gabon de façon irrégulière. L'exemple de Fabrice Combary qui a fait 7 ans dans ce pays donne des sueurs froides. « J'ai quitté le Burkina à l'âge de 16 ans en 2004 pour aller au Gabon. Je suis passé par le Togo pour rejoindre Libreville en passant par le Cameroun. Après 7 ans au Gabon, je suis parti au Maroc, puis en Géorgie, l'Albanie, la Turquie avant de me retrouver en Grèce ou j'ai fait 6 mois. Je dormais dans la rue en plein hiver. J'avais très froid. Nous étions toujours la cible de la police qui nous soupçonnait de posséder de la drogue. Ils nous foutaient très souvent en prison pendant deux ou trois semaines », raconte le jeune Fabrice âgé aujourd'hui de 29 ans. Il dit être rentré au pays les mains vides. L'aventure n'aura donc pas servi à ce jeune garçon qui ne veut cependant pas décourager ceux qui veulent toujours tenter. Puisque dit-il : « On voit souvent les photos de ceux qui ont réussi sur les réseaux sociaux comme Facebook. Ça fait toujours plaisir de les visionner ». Fabrice qui confie avoir beaucoup de projets voudrait encore repartir à l'aventure, mais cette fois ci de façon légale.
Annoncés pour faire le trajet en avion, beaucoup se retrouvent chemin faisant à affronter les dures réalités de la traversée en pirogue. Une traversée dans laquelle beaucoup sont malheureusement restés. « A chaque fois qu'il y a un naufrage au Gabon, il y a toujours un burkinabè parmi les passagers », confie une autorité gabonaise dans le film. Une situation qui n'effraie point les candidats. Selon les données publiées en 2014 par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 5000 personnes ont perdu la vie durant leur parcours migratoire. Au total, ce sont 40 000 êtres humains qui sont décédés depuis le début du millénaire, qui dans les eaux maritimes, qui dans le désert.
Sans être exhaustif, Clément Somé a déclaré qu'il y a un peu plus de 25 000 burkinabè qui vivent dans différentes villes du Gabon. Ils sont organisés en association mais la plupart sont venus dans ce pays de façon irrégulière. Parmi eux, il y a tout de même des exemples de réussite qui forcent l'admiration. Toutefois, souligne le réalisateur, l'immigration des burkinabè vers les pays de l'Afrique centrale est unique. « Les burkinabè n'ont pas souvent bonne presse dans ces pays en ce sens que beaucoup intègrent les réseaux de banditisme, de voleurs », soutient Clément Somé qui a travers ce document interpelle sur un phénomène qui, en plus de bafouer la dignité humaine pourrait ternir l'image du Burkina Faso.
Que faire ?
Les autorités du Burkina, à en croire le Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération régionale Jacob Pasgo, mesurent l'ampleur du fléau. La projection de ce film documentaire est une aubaine qui permettrait de jeter les bases d'une réflexion plus approfondie afin d'aider l'Etat à trouver des solutions. « Le fléau d'une gravité importante mérite que des mesures soient prises à la hauteur du mal », fait remarquer le Secrétaire général qui propose déjà un meilleur contrôle des frontières, la traque des passeurs, le démantèlement des réseaux qui soutiennent les migrants au péril de leur vie. « Il faudra mobiliser toutes les autorités notamment la gendarmerie, la police et la justice afin qu'ensemble, elles viennent à bout du phénomène », soutient Jacob Pasgo. C'est dire, poursuit-il, que la liberté d'aller et de venir devrait absolument être encadrée.
Des burkinabé pourraient combattre aux côtés de Boko Haram
Des burkinabè parmi les milices de Boko Haram ? C'est malheureusement une triste vérité que déplore le délégué au Conseil supérieur des burkinabè de l'étranger. « Nous avons effectivement des compatriotes qui sont arrivés au Gabon il y a quelques mois de cela. Ils étaient au total 24 personnes. Et une dizaine, exactement 11 personnes ont été capturées par les islamistes de Boko Haram. On suppose aujourd'hui qu'ils combattent aux côtés de Boko Haram vers Kalaba dans le nord du Gabon mais aussi au nord du Cameroun », révèle Clément Somé qui pense que pour le cas précis de l'immigration vers le Gabon, l'on doit se poser la question de savoir pourquoi cette destination précise. La réponse à cette question permettra de sensibiliser les potentiels candidats dont la plupart abandonnent leurs études pour aller à l'aventure. Un avenir incertain qui, pourtant, peut bien se dessiner au Burkina. Clément Somé espère que son documentaire pourra décourager les frères et les sœurs qui sont tentés par l'immigration quelle que soit la destination. Il s'agit aussi de dissuader les réseaux de passeurs et d'interpeller surtout les autorités à s'impliquer dans la lutte contre l'immigration clandestine.
Bassératou KINDO
LeFaso.net
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