Accusation de détournement de salaires à l'Assemblée nationale : Les éclaircissements d'un fonctionnaire parlementaire
« Conseil national de la transition : Le personnel administratif dénonce des pratiques douteuses de la secrétaire générale » ; sous ce titre, nous avons publié le 22 décembre une déclaration signée par « Le personnel des administrations des groupes parlementaires, (Secrétaires et Assistants parlementaires) ». Il y était reproché à la Secrétaire générale de procéder à des recrutements dans des conditions non transparentes et d'avoir bloqué les salaires de certains agents. Dans cette réaction, un agent de l'Assemblée nationale, préférant garder l'anonymat, donne des éclaircissements sur ces affaires.
Dans les colonnes de votre quotidien d'information en ligne du 22 décembre 2014, est paru un article que j'ai pris énormément de plaisir à lire tant la délation forçait l'admiration ; délation en présence de laquelle, le devoir de sincérité m'impose la charge d'apporter des éclaircissements publics.
Du haut d'une carrière longue de 20 ans au sein de l'administration parlementaire, madame la Secrétaire générale a, par le travail et l'impartialité imposée par les exigences du métier de fonctionnaire parlementaire, accédé à cette fonction qu'il a plu à l'éternel de la qualifier.
De ce que je sais, elle est apolitique et n'a jamais milité dans une formation politique quelconque a fortiori présider la cellule CDP de l'Assemblée nationale. Fonction dont elle ne tarirait point d'énergie, la connaissant, d'assumer si d'aventure il en était advenu. Au demeurant, le droit de participer à l'animation de la vie politique est un droit constitutionnel pleinement reconnu par la loi fondamentale burkinabè.
Par ailleurs, les personnels des groupes parlementaires aux mérites et talents professionnels tant vantés ne relèvent pas de l'administration parlementaire. Ils sont recrutés selon des contrats de droit privé. Pour aller droit au but, ces personnels devraient commencer par les vrais mobiles : leur intégration dans la fonction publique parlementaire qui d'ailleurs n'est pas justifiée dans le principe, même si elle parait légitime. Les contrats qui lient ces personnels aux groupes sont à la limite des contrats saisonniers qui prennent fin avec la fin de la législature ou de manière impromptue.
Madame la Secrétaire générale n'est pas l'ordinatrice du budget de l'Assemblée nationale. Le Président de l'organe législatif en est l'exclusif ordonnateur. Toutefois à titre exceptionnel, elle a été autorisée par les autorités de la transition à contresigner avec la trésorière de l'Assemblée, après avis favorable du Ministère de l'économie et des finances, du Trésor et de la comptabilité publique les chèques des salaires du personnel de l'administration parlementaire pour les mois de novembre et de décembre 2014, en vue de permettre aux députés de transition de s'installer et de prendre la conduite des affaires parlementaires.
Comme on pourrait s'y attendre, elle n'a pas autorisé le paiement des salaires des personnels de groupes parlementaires qui, de toute évidence, ne relèvent pas de l'administration parlementaire. Leurs doléances ont tout simplement été reversées aux autorités de la transition pour examen et suite à donner.
En outre, contrairement aux allégations de ces personnels, la bonne gouvernance tant prônée ne semble pas la chose la mieux partagée. Sinon comment expliquer le bénéfice d'un salaire pour les mois de novembre et de décembre quand on sait que l'Assemblée a été dissoute suite à l'insurrection des 30 et 31 octobre ? Surtout que les groupes politiques qu'ils sont censés assister n'existent plus en eux même ?
Loin de moi toute inimitié ou méchanceté gratuite, il ne me semble pas soutenable en logique d'espérer de madame la Secrétaire générale l'autorisation de paiement de solde pour prestation non effectuée.
Je voudrais également porter à la connaissance de l'opinion publique ce qui suit :
Un groupe constitué du CNT, qui se reconnait en me lisant, a approché la Secrétaire pour qu'elle leur propose une poignée de personnels de groupe, ayant une connaissance du travail parlementaire, à même de les accompagner sans avoir à recourir à un long processus de recrutement, vu la brièveté de la transition.
Elle fit donc des propositions après des appels de quelques-uns d'entre eux qui ont marqué leur accord pour l'accompagnement. C'est une approche purement subjective de mise en contact qu'elle ne manquera d'assumer. En tout état de cause, ceux-ci ne sont pas obligés d'agréer les sollicitations dudit groupe.
Aussi, sommes-nous dans un état de droit. Par conséquent, je pense que si l'entorse qu'elle est soupçonnée causer au paiement des « prétendus arriérés » était fondée, pourquoi ne pas saisir les juridictions pour être réintégé sur le périmètre de vos prérogatives respectives ? Cette voie serait plus judicieuse que d'arpenter le tunnel des négociations aux issues incertaines.
Libre de tout passif moral vis-à-vis de votre situation, je souhaite à chacun de vous de recouvrer un emploi moins précaire que celui qui fût le vôtre sous d'autres cieux, précarité dont le présent dénouement a fini par nous en convaincre.
J'ai foi qu'en votre qualité de première source d'expertise des députés, expertise certainement de grade exceptionnel, vous parviendrez à une situation meilleure.
De source bien introduite, la présidence du Conseil national de la transition s'active pour convoquer une conférence de presse à cet effet.
En tout état de cause des menaces ont été proférées à son encontre et l'opinion nationale vous tiendra responsable de tout ce qui pourrait lui arriver.
Dans les moments à venir, je publierai le contrat d'un assistant des groupes parlementaires (qui est différent d'un Assistant parlementaire, véritable expert du droit parlementaire et du travail législatif) pour laisser l'opinion publique apprécier d'elle-même.
Affaire à suivre.
Dieu, creuset de sagesse.
Un fonctionnaire parlementaire
via leFaso.net, l'actualité au Burkina Faso http://ift.tt/1ARfglw