La Nouvelle Alliance sur la Sécurité Alimentaire et la Nutrition  se fait entendre

Publié le vendredi 24 avril 2015

Ceci est une déclaration des  organisations paysannes et de la société civile burkinabè sur la Nouvelle Alliance sur la Sécurité Alimentaire et la Nutrition.

A toutes les parties prenantes au Cadre de coopération du G8 à l’appui de la « Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition » (NASAN) au Burkina Faso.

Nous, organisations paysannes et de la société civile, réunies en atelier les 3 et 4 Février 2015 dans la salle de conférence de l’Autorité du Liptako Gourma à Ouagadougou,

Saluons les efforts faits par le Gouvernement pour la sécurité alimentaire et la nutrition ;

Affirmons notre engagement en tant que force d’actions et de proposition pour améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition dans notre pays.

Cependant, nous  faisons les constats suivants :

  1. L’adhésion à la NASAN, qui repose sur le financement de capitaux privés, constitue un véritable recul par rapport aux engagements du G8 à Aquila, ou les pays membres s’étaient engagés à accorder 22 milliards de dollars US pour lutter contre l’insécurité alimentaire en Afrique sub saharienne.
  2. Derrière des objectifs affichés de lutte contre la pauvreté, la NASAN met en péril le droit à l’alimentation des plus pauvres. L’objectif affiché de cette initiative est d’améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition et d’aider quelques 50 millions de personnes en Afrique sub-saharienne à sortir de la pauvreté d’ici 2022, en « libérant le pouvoir du secteur privé », et en poussant les Etats africains à mettre en œuvre des mesures de dérégulation et d’ultra libéralisation de leur secteur agricole.
  3. La dérégulation et à l’ultra libéralisation du secteur agricole engendrée par la NASAN se fait en faveur des grandes multinationales de l’agrobusiness au détriment des petits exploitants familiaux nationaux.
  4. La NASAN est une initiative qui implique très peu les Organisations Paysannes et de la Société Civile. Elle ignore l’agriculture familiale, en particulier les femmes productrices, qui sont pourtant les premières victimes de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle.
  5. Les réformes consenties, ou à venir, en contrepartie de l’adhésion du Burkina Faso à l’initiative mettent en péril les droits fonciers des paysans ainsi que leur accès aux semences et aux ressources naturelles.
  6. Elle favorise la mise en place d’un modèle agricole basé sur l’agrobusiness, la privatisation des semences, l’utilisation incontrôlée et massive d’intrants chimiques, et le développement des cultures d’exportation et des cultures de rente au moment même où tous les acteurs reconnaissent la valeur de l’agriculture familiale et le rôle des femmes dans la sécurité et la souveraineté alimentaires. Enfin, cette agriculture est pratiquée dans le respect de la biodiversité et des spécificités socioculturelles de chaque localité.

Suite aux constats ci-dessus cités, nous, Organisations Paysannes et de la Société Civile, proposons que le cadre

de coopération de la NASAN du G8 soit revu en incitant le secteur privé à investir en aval de la production.  

Aussi,  nous recommandons :

  • Qu’en matière de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle 
  1. Le gouvernement définisse des indicateurs d’impact sur la sécurité alimentaire et la nutrition à ajouter à tous les cadres de coopération, notamment tels qu’ils ont été définis dans la Loi d’Orientation.
  1. Les réformes en matière de politiques en cours et à venir soient réexaminées afin de déterminer leur impact sur la sécurité alimentaire, la nutrition et les agriculteurs familiaux.
  2. Les agriculteurs familiaux, en particulier les femmes et les jeunes, soient considérés comme investisseurs prioritaires dans la production agricole et que les incitations et les changements réglementaires soient orientés en leur faveur.
  • Qu’en matière de foncier et de ressources naturelles 
  1. Le Gouvernement respecte et applique les Directives Volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers applicables aux terres, aux pêches et aux forêts adoptées en mai 2012 par le Comité de la sécurité alimentaire mondiale. En aucun cas, un investissement mené dans le cadre de la NASAN ne devrait mettre en péril les droits fonciers, y compris collectifs et coutumiers, des populations locales.
  • Qu’en matière de gouvernance et de transparence 
  1. Soit exigée de l’ensemble des membres de la NASAN la réalisation d’études de faisabilité intégrant les impacts sociaux, environnementaux, économiques et fiscaux potentiels au préalable et avant toute validation de projets mis en œuvre dans le cadre de la NASAN, en tenant compte des principes directeurs des Nations unies à l’intention des entreprises multinationales et des recommandations du groupe de travail de l’OCDE sur la Fiscalité et Développement.
  2. La France, en tant que chef de fil de la NASAN du G8 au Burkina Faso, travaille avec le gouvernement burkinabè pour renforcer les mécanismes de suivi et de redevabilité existants, en impliquant les Organisations Paysannes et la Société Civile.
  3. Les entreprises impliquées dans la NASAN soient évaluées, y compris sur les garanties et les normes existantes pour leurs investissements, et sur le respect des principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme.
  4. Tous les avantages accordés aux investisseurs dans le cadre de la NASAN soient rendus publics afin d’assurer une plus grande transparence et redevabilité. 
  • Qu’en matière de politique fiscale et d’environnement favorable
  1. Le Gouvernement procède à une analyse coût-bénéfice de toute exonération, accordée aux investisseurs agricoles à grande échelle avant la mise en œuvre de leur projet. Une politique de taxation progressive et équitable peut avoir un impact crucial sur la réduction des inégalités et de la pauvreté.
  2. Le gouvernement implique à tous les niveaux les Organisations Paysannes et les Organisations de la Societe Civile y compris les groupes de femmes dans le processus en cours d’élaboration du code des investissements agricoles. Ce code devrait permettre  la mise en place d’un système fiscal, tarifaire et douanier permettant de lutter contre la pauvreté.

Nous appelons spécialement à notre implication effective dans la recherche des solutions à la sécurité alimentaire et la nutrition. 

Fait à Ouagadougou le 4 février 2015 

Les signataires

CPF représentant les organisations paysannes

SPONG en tant que représentant de la société civile

Avec le soutien de CHRISTIAN AID – ACF – DIAKONIA- WELTHUNGERHILFE- INADES FORMATION- OXFAM


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