Grève des télé conseillers de l'ONATEL : Le bras de fer se poursuit entre les travailleurs et RMO JOB CENTER

Publié le jeudi 16 avril 2015


Plus rien ne va entre RMO JOB CENTER Burkina et une partie de son personnel externalisé à l'ONATEL (Office national des télécommunications). Après les premiers et timides mouvements d'humeur, le personnel gréviste observe depuis le 10 avril dernier un arrêt de travail pour exiger de son employeur la satisfaction de sa plateforme revendicative. Pour donner sa version des faits, le staff managérial de RMO JOB CENTER a organisé une conférence de presse. C'était ce mercredi 15 avril 2015.




Aicha H. Sanon, Responsable des Ressources Humaines et Intérim, Fulgence Abga, le juriste, Adama Ouédraogo, Responsable du Recrutement et de la Formation et Abdoulaye Soré, le consultant indépendant, ils étaient quatre face à la presse ce mercredi 15 avril 2015. Un bref rappel de ce que fait RMO JIB CENTER à savoir le recrutement, la formation, la gestion du personnel et le conseil au niveau des entreprises entre autres ; l'accent est surtout mis sur l'externalisation, ce concept assez nouveau que nous explique ici Adama Ouédraogo. « Il y a des entreprises parce que la gestion d'un type de poste peut être difficile pour elles ; parce que l'effectif est trop grand, parce que c'est des contrats qu'il faut renouveler régulièrement, parce qu'elles ont des contraintes qui font qu'elles ne peuvent pas suivre elles- mêmes directement ces contrats. A ce moment- là elles nous approchent et elles nous disent qu'elles souhaitent que ces personnes soient embauchées par RMO et mises à leur disposition. » C'est par ce biais, que sa structure à mis à la disposition du call center de l'ONATEL de Ouagadougou 93 télé conseillers. Ce sont ces télé conseillers qui ont commencé un mouvement d'humeur depuis quelques jours maintenant.


200% d'augmentation de salaire


Selon le juriste maison, l'affaire remonte au 30 mars quand un appel de l'ONATEL les informe que les télé conseillers sont en arrêt de travail. Après une visite sur le terrain ils se retrouvent à RMO pour les entendre. C'est au cours de cet échange que les représentants du personnel ont posé un certain nombre de doléances et les deux parties se sont donné rendez- vous pour les réponses le 1er avril. La plateforme en 14 points aurait connu des solutions en certains de ses volets comme « la convention collective que RMO seul ne peut pas régler n'étant pas seul dans le secteur d'activité ; la carte CNSSS qui a trouvé solution, le congé payé qui est effectif et qui leur a été expliqué, la mise en place des délégués du personnel pour lequel RMO est entièrement d'accord, les heures supplémentaires sur lesquelles RMO est conforme à la réglementation et enfin les absences justifiées sur lesquelles il y a eu entente. » Le reste des revendications serait d'ordre salarial, avec une demande d'augmentation d'environ 200% à en croire Adama Ouédraogo. « Aujourd'hui une entreprise ne peut pas dire demain je vais payer tant. Elle va faire son budget, elle va faire ses prévisions, elle va voir l'augmentation de sa masse salariale, elle va voir l'augmentation de ses charges. »« Sur les points salariaux on leur a dit qu'il faut du temps », précise t- il.


22 travailleurs sur 93 en fin de contrat


C'est pendant que les négociations se menaient toujours que les choses se seraient accélérées ensuite. Un comité syndical a été mis en place, une place forme revendicative en 14 points a été soumise à RMO JOB CENTER, des débrayages intempestifs auraient aussi été observés,…C'est dans la foulée de cette grève jugée illégale par RMO parce que ne respectant pas la loi du travail, que le contrat de 22 travailleurs arrivaient à expiration. Faute d'avoir pu les rencontrer pour voir les conditions d'un éventuel renouvellement, RMO aurait chargé son huissier de notifier aux 22 travailleurs la fin de leurs contrats. L'opération de notification de l'huissier aurait été empêchée par les travailleurs. Et l'appel lancé à tous les travailleurs de cesser de travailler au motif que RMO procède à un licenciement. C'était le 10 avril dernier. Depuis, ils sont en arrêt de travail et posent comme condition de la reprise l'arrêt des licenciements. Pour RMO JOB CENTER il n'ya pas licenciement à partir du moment où les contrats qui sont à durée déterminée sont arrivés à expiration et que tout employé concerné pouvait décider de ne pas renouveler. Et d'ajouter qu'une faveur leur aurait pu être faite si les travailleurs concernés étaient venus à eux comme ils l'avaient fait savoir à leurs représentants.


La théorie du complot plus que jamais d'actualité


Les travailleurs eux ne veulent pas l'entendre de cette oreille et observent toujours leur mot d'ordre de grève. Pour RMO JOB CENTER il ne fait aucun doute qu'il y a une main invisible derrière ce mouvement d'humeur. Des informations malveillantes seraient distillées pour nuire à l'entreprise. Et aux conférenciers de citer pèle mêle l'exemple de cet employé qui aurait trouvé injuste qu'on « coupe son argent pour donner à la caisse de sécurité sociale et à l'IUTS sans son avis ». « C'est du vol » aurait- il protesté. Ou encore cet autre qui aurait délibérément refusé de fournir son acte de naissance à l'embauche parce que qu'on lui aurait fait comprendre que c'est cet acte qui sert à l'immatriculation à la caisse et que faute d'immatriculation il n'aura qu'à passer à RMO à chaque fin de mois pour récupérer la part prévue à cet effet. Ainsi du salaire que chacun perçoit puisqu'il leur reviendrait que certains se plaignent de ce qu'ils ne perçoivent pas le montant facturé par RMO aux clients. Normal, explique Adama Ouédraogo puisque ce qui est facturé au client va du net perçu par le travailleur mais prend en compte les 16% de charges sociales, les 3% de taxe patronale d'apprentissage, les honoraires de la maison, et la TVA appliquée au montant total. « L'ensemble donne un montant qui est naturellement différent de ce que l'employeur va toucher », insiste t- il. Pour lui, le problème est ailleurs, et la théorie du complot n'est pas à écarter. Ce d'autant, pense t-il, que le personnel ne veut pas reprendre le travail mais demande qu'une solution soit trouvée à sa plateforme. « Pour qu'il y ait solution il faut qu'il y ait travail ! », martèle t- il.


Le personnel gréviste sommé de libérer les lieux


C'est pendant ce statu quo que le 14 avril dernier, l'ONATEL leur aurait envoyé une sommation interpellative pour libérer les locaux. RMO aurai saisi son avocat pour permettre que les locaux soient effectivement libérés. « Supposons, vous vous me demandez du personnel à Sidwaya. Je vous envoie des secrétaires par exemple. Aujourd'hui ces secrétaires disent qu'elles ne travaillent pas. Et vous savez ce qu'elles font ? Elles se couchent dans vos locaux. Vous êtes d'accord avec moi que ça va vous déranger. L'idéal voudrait que ces secrétaires viennent chez moi si elles sont fâchées ! Donc il est tout à fait naturel qu'on demande à nos travailleurs de revenir chez nous. Ou même s'ils sont là- bas, qu'ils ne dérangent pas. On est à un stade où nos travailleurs empêchent les agents de l'ONATEL de travailler », fait observer Adama Ouédraogo. En attendant, comme il le souhaite, que le personnel gréviste revienne à la raison, le bras de fer se poursuit.


Rappelons que RMO JOB CENTER est un groupe basé en Côte d'Ivoire depuis 30 ans, avec des représentations au Togo (2012), au Mali (2005) et au Burkina Faso depuis 2010. Foi de ses premiers responsables au Burkina Faso, cette structure procède à au moins 100 recrutements directs chaque année depuis 2011, gère plus de 2 000 employés dans divers secteurs, et emploie permanemment 20 personnes à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso.


Samuel Somda

Lefaso.net





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