En hommage à Yaguin Koïta et Fode Tounkara, victimes de l'immigration !

Publié le mardi 21 avril 2015

Eux, ils s'appelaient Yaguin Koïta et Fode Tounkara, respectivement âgés de 14 et 15 ans. Par un matin de 1999, nous apprenions la mort de ces deux jeunes gens de nationalité guinéenne dans le train d'atterrissage d'un avion à destination de Bruxelles. Les enquêtes qui suivirent ont permis de découvrir une lettre qu'ils avaient adressée aux dirigeants des pays développés

Le contenu de cette lettre qui traduit tout le drame de beaucoup de jeunes africains a juste ému notre conscience le temps que les médias ont bien voulu consacrer à cet évènement. Dans leur lettre, les deux jeunes innocents victimes de notre système de gouvernance africaine et mondiale, écrivaient ceci « Messieurs les membres et responsables d'Europe, c'est de votre solidarité et votre gentillesse que nous vous crions au secours en Afrique. Aidez-nous, nous souffrons énormément en Afrique, nous avons des problèmes et quelques manques au niveau des droits de l'enfant.
Au niveau des problèmes, nous avons la guerre, la maladie, le manque de nourriture, etc. Quant aux droits de l'enfant, c'est en Afrique, et surtout en Guinée ! nous avons trop d'écoles mais un grand manque d'éducation et d'enseignement. Sauf dans les écoles privées où l'on peut avoir une bonne éducation et un bon enseignement, mais il faut une forte somme d'argent. Or, nos parents sont pauvres et il leur faut nous nourrir. Ensuite, nous n'avons pas non plus d'écoles sportives où nous pourrions pratiquer le football, le basket ou le tennis.

C'est pourquoi, nous, les enfants et jeunes Africains, vous demandons de faire une grande organisation efficace pour l'Afrique pour nous permettre de progresser.
Donc, si vous voyez que nous nous sacrifions et exposons notre vie, c'est parce qu'on souffre trop en Afrique et qu'on a besoin de vous pour lutter contre la pauvreté et pour mettre fin à la guerre en Afrique. Néanmoins, nous voulons étudier, et nous vous demandons de nous aider à étudier pour être comme vous en Afrique ».

Combien sommes-nous en Afrique et ailleurs dans le monde à nous souvenir encore de la mort de ces enfants ?

Seize ans après cet évènement tragique, nous sommes là encore à tenir des discours empreints d'hypocrisie pour dénoncer la mort survenue hier de plusieurs centaines d'immigrants sur les côtes italiennes. Cette fois-ci, on a peur même de donner des chiffres ! Ils seraient au moins 700 personnes. Selon l'Organisation Internationale de la Migration (OIM), on compte plus de 1500 morts par noyade dans la traversée vers l'Europe depuis le mois de janvier 2015. Parmi ceux-ci, hélas on compte de nombreux africains qui tentent et continueront toujours de tenter de regagner l'incertaine eldorado qu'ils pensent trouver en Europe. Bien avant ce drame, en 2013 c'était celui de Lampedusa. Là encore beaucoup d'africains périrent, noyés dans les eaux de la méditerranée.

L'artiste reggaeman ivoirien Ismael Isaac a consacré à ce drame une chanson dont le titre est « Lampedusa ». Il nous interpelle tous sur notre responsabilité par rapport à tous ces drames. Quand on entend cette chanson, on ne peut que couler des larmes et se demander où va l'Afrique ? Oui ! Ce jeune homme qui dit « plutôt la mort dans la mer que la honte devant ma mère, une mère qui toutes ces années s'est saignée pour un fils » porte la voix de tous ces jeunes africains qui acceptent affronter la mer tout en sachant que la probabilité de survie est faible. Jusqu'à quand va-t-on les laisser partir ? Comment les convaincre de rester au pays quand on ne leur offre aucune perspective sérieuse d'amélioration de leur situation ?

Même l'Europe dans une sorte d'hypocrisie dont elle seule a le secret se sent plus mal à l'aise avec tous ces drames que nos dirigeants. Nos chers dirigeants africains, quant à eux sont plutôt préoccupés de rester le plus longtemps au pouvoir et de se bâtir des fortunes illégitimes en occident. Combien de ces milliards volés auraient pu servir à trouver de l'emploi aux jeunes africains ? Interpellant les Etats développés à la suite du drame de Lampedusa, j'écrivais ceci « L'histoire nous enseigne que tous les peuples quelque soit la partie du monde ont dû immigrer chaque fois qu'ils faisaient face à l'oppression, à la persécution physique ou morale. Le peuplement des Etats Unis en est une illustration parfaite.

Les juifs ont voyagé de pays en pays pour échapper aux persécutions. Pourquoi cela devrait-il être différent des somaliens, des érythréens, des africains en général ? Où est passée cette idée de communauté internationale dont le fondement juridique demeure la Charte des nations unies ? ». Que vaut aujourd'hui le respect de la dignité humaine consacrée dans tous les grands textes humanitaires devant un si triste et désolant évènement ?

Une solution à l'immigration clandestine, voire légale consiste à la mise en place d'Etats forts bâtis sur des institutions fortes garantissant de façon effective l'application des principes d'égalité et de liberté. L'Afrique n'a pas besoin de l'aumône des partenaires techniques et financiers pour se développer. Tous les spécialistes en développement le soutiennent, jamais l'aide n'a développé un Etat. Thomas Sankara nous avait déjà mis en garde contre cette tendance à la mendicité internationale qui nous déresponsabilise.

En revanche, les partenaires peuvent nous être utiles dans l'accompagnement dans la mise en place d'un système institutionnel efficace défini par les africains et pour les africain. Quand l'Afrique se développera et elle se développera très certainement, l'immigration prendra peut être une autre direction !

Abdoul Karim Sango
Juriste


via leFaso.net, l'actualité au Burkina Faso http://ift.tt/1GeJmnH