Situation nationale : Mon rêve du Burkina nouveau
Un adage moaga enseigne que « lorsque la danse de la famille se déroule dans un plat il faut y mettre aussi son pieds. » M'inspirant de cette sagesse ancestrale je voudrais, au moment où le conseil national de transition entame sa mission et, en tant que citoyen, apporter ma modeste contribution au débat. Il faut d'emblée le reconnaitre, douze mois, c'est un temps assez court pour tout faire mais aussi long et périlleux au regard de l'ampleur du travail qui attend le gouvernement et le conseil national de transition.
En effet, l'insurrection populaire des 30 et 31 octobre a sonné le glas de l'amateurisme et du saupoudrage dans le traitement des préoccupations multiples et multiformes des citoyens. Certes tout ne peut pas être résolu par un coup de baguette magique mais il faut avant tout se laisser convaincre que pour trouver les bonnes réponses il faut d'abord se poser les bonnes questions. C'est pourquoi en plus de la justice sur les crimes économiques et de sang déjà largement abordée, je voudrais orienter ma réflexion sur les préoccupations suivantes qui constituent celles de millions de Burkinabè.
1-La promotion de la jeunesse
C'est une évidence constatable dans les statistiques et pour tous ceux qui ont participé ou vu les images de l'insurrection : la jeunesse qui constitue plus de 60% de la population burkinabè a été au cœur de la lutte. Qu'ils soient issus de partis politiques, de la société civile ou de syndicats, ce sont eux qui ont affronté les forces de l'ordre dans les quartiers aux premières heures avant l'assaut final du 30 octobre. La bravoure de ces jeunes dont certains sont allés jusqu'au sacrifice suprême est un message fort adressé aux acteurs de la transition et aux futurs dirigeants du pays. Plus qu'un thème de campagne ou de thématique pour convaincre les bailleurs de fonds les jeunes veulent être considérés et responsabilisés à la hauteur de leur compétence et leur sacrifice. Pour cela les acteurs de la transition doivent sortir des sentiers battus et tracer les sillons d'une véritable politique nationale de promotion de la jeunesse qui prenne en compte la question de l'emploi et de l'entreprenariat.
2-Le foncier rural
Les conflits agriculteurs–éleveurs avec en toile de fond la question du foncier constitue l'Ebola du Burkina au regard des victimes qu'ils font chaque année. On se rappelle des cas malheureux de Zabré dans le Boulgou et de Gogo dans le Zoudwéogo où des dizaines de Burkinabè avaient perdu la vie sans compter les dégâts matériels. Le poids de l'agriculture et de l'élevage dans l'économie du Burkina explique en partie les soubresauts qu'ils connaissent. En effet ces deux secteurs, à eux seuls, emploient 86% de la population active, fournissent 40% du PIB et alimentent à hauteur de 80% les exportations. C'est donc une situation potentiellement explosive sur laquelle il faudra légiférer sans complaisance avec des textes clairs sur la délimitation des pâturages si on veut éviter le pire.
3-La réglementation du prix du loyer
C'est le cauchemar de millions de Burkinabè comme moi qui dorment chez les autres et sur lequel il faudra se pencher rapidement. Chaque année pour ne pas dire chaque mois des bailleurs sans motif valable se permettent d'augmenter le prix du loyer. Quand on sait combien il est difficile de trouver une maison surtout à Ouaga on comprend la véritable pression morale que ces bailleurs exercent sur les citoyens honnêtes qui n'ont que le malheur de ne pas avoir leur propre toit.
4-La mise en place d'une véritable politique de promotion du secteur privé
Il y a une contradiction fondamentale entre les politiques économiques et la réalité sur le terrain. Sinon Comment comprendre que pendant qu'on encourage les jeunes à créer des entreprises l'Etat mette en place un comité d'organisation à chaque activité ? Au regard des lourdeurs administratives avérées nous pensons qu'il est bon de renforcer le partenariat public-privé (PPP) pour plus d'efficacité et d'efficience. Dans le même ordre d'idée, il serait bien de jeter un regard dans le milieu des « fonctionnaires entrepreneurs » de sorte à ce que chacun fasse le choix entre la fonction publique et le secteur privé. Cela éviterait les confusions de genres qui portent un gros préjudice à ceux qui ont cru à la sincérité de l'Etat en se lançant volontairement dans l'entrepreneuriat ou après plusieurs échecs aux concours de la fonction publique.
Voici chères autorités de la transition, des pistes de réflexion qu'en tant que citoyen je souhaiterais que vous preniez en compte. Sans être exhaustives elles constituent à mon avis des sujets de préoccupation de la majorité des Burkinabè. Les prendre en compte dans vos réflexions ne fera que renforcer et pérenniser les bases d'un Burkina de paix, plus solidaire et plus démocratique auquel nous aspirons tous.
Idrissa Konditamdé
Citoyen burkinabè
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