Transition politique au Burkina Faso : Réussir ou périr ?
Un jour nouveau s'est levé sur le Burkina Faso le 31 octobre 2014, un vent nouveau a soufflé sur le pays des hommes intègres et du firmament le ciel acquiesce en déversant quelques goûtes d'eau sur Ouagadougou. On est en droit donc d'espérer que ce pays écrirait son histoire en lettres d'or et partant celle de toute l'Afrique. Mais ne voilà-t-il pas qu'à peine trois semaines après la fuite de Blaise Compaoré et ses proches, à l'épreuve de la désignation des personnalités à conduire la transition politique qui doit durer juste un an, tous trébuchent. La présente réflexion voudrait poser une analyse sur les chances et les « non-chances » de réussir cette transition.
I- Un lourd passé dont on a de la peine à se passer
L'insurrection populaire aura été une chance pour le Burkina Faso de réussir une transition politique qui ferrait incontestablement mouche sur la terre des hommes que la classe de la société civile qui a mené les réflexions sur les reformes et conduit les manifestations se serait transformé immédiatement et ce, sans complexe en parti politique pour renouveler la classe politique. Dans une pareille hypothèse, le pays aurait eu la chance de renouveler son personnel politique qui a de la peine à quitter le vieux moule qui est sien. Ce fut l'occasion pour cette jeunesse de prendre ses responsabilités devant ces hommes politiques qui ont fait de la politique au Burkina l'autre nom de la corruption, la fourberie, la gabegie, la magouille, …
II- Des étapes qui inquiètent
1- De la désignation du Président
Voici une insurrection menée par la jeunesse et pour conduire la transition qui est le fruit de cette insurrection, c'est un septuagénaire, à la retraite qui est appelée à la rescousse. Il nous a été donné d'entendre le discours d'investiture de ce dernier. Sans vouloir faire une analyse de tout le discours, nous voudrons ici souligner le caractère populiste et déplacé du discours. Les urgences de ce pays sont connues de tous, et s'il y a à rendre justice, les institutions pour le faire existent ; et si pour un président de transition, le respect de la séparation des pouvoirs est un impératif, le populisme interroge à plus d'un titre.
2- Du gouvernement
a- Description physique du gouvernement
Quelque critères saillants nous paraissent importants à souligner : Quatre (04) femmes sur 25 ministres au total, 5 militaires dans le gouvernement avec des portefeuilles très stratégiques, deux professeurs titulaires au sein du gouvernement et la présence d'anciens secrétaires généraux de ministère et proches du régime Compaoré. Aussi, tous ont plus de 35 ans alors que les jeunes (moins de 25 ans) représentent 60% de la population.
b- De la composition du gouvernement
Qu'un peuple entier conduise son insurrection qui mènera au renversement d'un régime de tous les maux et qu'il manque de forces vives pour constituer un gouvernement, cela passe difficilement pour un esprit avisé. Pis, cela donne un goût de frustration imposé à une nation qui se résigne d'autant que du haut de ses 72 ans, le président n'a trouvé personne qui soit capable ou digne d'assurer à bon port le ministère des affaires étrangères. Il est alors décidé de faire du ministère des affaires étrangères un ministère facultatif, sans importance que le président peut enfourcher en sus de ses charges de président et du poids de son âge. Ce ministère n'est-il pas celui qui assure tout le marketing politique du pays envers l'extérieur ? La transition ne signifie-t-elle pas aussi le changement de posture à l'étranger ? Que cache-t-on dans cette affaire ?
Que dire de cette autre affaire qui consiste pour le premier ministre à prendre sur lui le ministère de la défense et des anciens combattants ?
En tout état de cause, un regard panoramique sur cette composition donne l'impression qu'il s'agit d'une composition tous azimuts plus pour contenter certaines parties que pour attaquer le vaste chantier des reformes implacables auxquelles notre pays doit faire face.
Pour notre part, nous n'avons eu de cesse à dire et redire notre attachement au principe de la subsidiarité dans la conduite des affaires publiques. Ce principe veut que chacun exerce dans le domaine où il a un avantage comparatif. Au regard de cela, et tout en souhaitant bon vent au gouvernement, nous disons que les chances de réussir cette transition dont la vocation était d'entendre les aspirations profondes des populations, s'amenuisent.
Célestin Badolo
Analyste politique, activiste de la société civile
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