Le Burkina Faso de Michel Kafando. Chronique d'une transition « d'exception » (9)

Publié le vendredi 28 novembre 2014


Après les nominations, les liquidations. Ce jeudi 27 novembre 2014, le président du Faso vient de mettre fin aux fonctions à la présidence du Faso de trois personnalités majeures : Gilbert Diendéré, chef d'état-major particulier ; Damo Justin Baro, conseiller spécial ; Djibrina Barry, secrétaire permanent du Conseil présidentiel pour l'investissement (CPI).




Dans l'organigramme de la présidence du Faso, version Compaoré, il y avait le directeur de cabinet (Mohamed Sanné Topan ; il a pris, le 22 janvier 2014, la suite d'Assimi Kouanda, ministre d'Etat, ministre chargé de mission à la présidence du Faso, et secrétaire exécutif national du CDP, parti présidentiel), le secrétaire général (Ibrahima Coulibaly) puis venaient le chef d'état-major particulier, le conseiller spécial et le secrétaire permanent du CPI. Ce sont donc trois des têtes du top 5 qui viennent de basculer. Et non des moindres.


Gilbert Diendéré était « l'ombre inséparable du chef de l'Etat »*. Depuis toujours. Il était l'adjoint du capitaine Blaise Compaoré alors commandant du Centre national d'entraînement commando (CNEC) de Pô. Il sera considéré comme « le bras armé des insurgés du 4 août 1983 », le « cinquième homme » de la révolution (les quatre autres étant Sankara, Lingani, Zongo – trois morts violentes – et Compaoré). On le considérera comme « l'un des acteurs de premier plan des événements du 15 octobre 1987 ».


Blaise à la tête de l'Etat, Diendéré sera le patron du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), commandant du CNEC, secrétaire chargé de la sécurité et de la défense au sein du comité exécutif, instance suprême du Front populaire. Il avait le grade de commandant quand il a été nommé chef d'état-major particulier du président du Faso, en… 1993.


Colonel, il fera un stage de dix-huit mois, en 2001, à l'Ecole de guerre de Paris. Il était aussi le patron des RG, de tous les RG, ayant l'œil sur la situation sécuritaire au Mali depuis sa « base » de Ouahigouya. On l'a vu, ces dernières années, filmé devant un hélico chaque fois qu'un otage « occidental » était récupéré grâce à une médiation burkinabè. Bref, un homme de terrain qui a la discrétion verrouillé au corps.


Pourtant, il s'est retrouvé sous les projecteurs au cours de l'été 2014 à la suite du crash du vol AH 5017 Ouaga-Alger. En tant que président d'un « Comité de crise » dont personne, au Burkina Faso, ne savait qu'il existait avant cela, qu'il avait en charge les problèmes de sécurité aéronautique (aviation civile), qu'il se réunissait régulièrement et mettait en œuvre des exercices de gestion de crise. On a vu le général Diendéré débouler sur les écrans, dialoguer avec la presse, avoir de la considération pour les uns, de la compassion pour les autres, sourire, expliquer, être grave quand il le fallait, didactique, pragmatique, clair, net et précis, acceptant les questions et… y répondant. Irréaliste.


La presse burkinabè en tirera la conclusion qu'il était ainsi préparé à prendre la suite de… Compaoré. Ce que son épouse, Fatou, femme d'affaires et femme politique (députée, membre du bureau exécutif du CDP), voyait d'un bon œil. On lui prêtait ce commentaire : « Si Blaise est là, pourquoi pas mon mari ? ». Blaise n'était plus là au soir du 31 octobre 2014, mais Diendéré tenait toujours bon. Patron du RSP, il sera considéré comme le « parrain » du colonel Zida, promu chef de l'Etat après qu'aient été balayés les généraux Kodio Lougué et Nabéré Honoré Traoré (ce dernier vient d'ailleurs d'être nommé Conseiller spécial du président du Faso).

Diendéré était bien plus qu'une tête d'affiche. L'alter ego de Blaise, « la face noire de leur commune inquiétude » pour paraphraser Georges Balandier.


Damo Justin Baro, tout autant discret que le puissant général est moins connu encore bien qu'ayant été ministre à… 30 ans. Né le 17 juillet 1952 à Nianaba, sous-préfecture de Toussiana (région entre Bobo-Dioulasso et Banfora, en pays Senoufo), cet inspecteur du Trésor va suivre les cours de l'Ecole primaire catholique de Toussiana (1959-1963) puis du Collège catholique de Tounouma (1963-1970) avant de rejoindre l'université de Poitiers (1970-1975) et l'Ecole nationale des services du Trésor à Paris (1975-1977).


Titulaire, par ailleurs, d'une maîtrise en droit des affaires obtenue en 1975, il va débuter comme chef du service des études et de la réglementation à la direction du Trésor avant d'être nommé chef du service chargé de l'inspection des postes comptables. Le 7 novembre 1982, un coup d'Etat militaire renversera le colonel Saye Zerbo et le Conseil provisoire de salut du peuple (CPSP), composé exclusivement de militaires, prendra le pouvoir. Jean-Baptiste Ouédraogo, médecin-commandant, sera nommé à la tête de l'Etat. Barro entrera dans le gouvernement le 26 novembre 1982 comme secrétaire d'Etat à l'Economie et aux Finances, chargé du Budget. Il restera en place jusqu'au 4 juin 1983.


Deux mois plus tard, jour pour jour, le 4 août 1983, Thomas Sankara s'empare du pouvoir. Barro se retrouve ministre des Finances, dès le 24 août 1983, puis des Ressources financières à compter du 3 août 1984. Il va être actif pendant la « Révolution » sans jamais occuper le devant de la scène (cf. LDD Burkina Faso 0104/Jeudi 26 janvier 2006). La « Rectification » mettra fin à son activité ministérielle. Et lui ouvrira les portes de la BCEAO. Quand Charles Konan Banny, appelé à être le premier ministre de la République de Côte d'Ivoire, va quitter le gouvernorat de la BCEAO, c'est Barro qui va hériter du job, à titre intérimaire. Décision entérinée par le sommet de l'UEMOA, fin décembre 2005, à Bamako. Ce n'est que le 17 janvier 2008 qu'il sera remplacé par Philippe-Henri Dacoury-Tabley. On évoquera la nomination de Barro comme ambassadeur à Paris où officiait Filipe Savadogo jusqu'à sa nomination comme ministre de la Culture et de la Communication dans le gouvernement Tertius Zongo. Barro sera finalement nommé conseiller spécial du président du Faso. C'est donc un général de division, Nabéré Honoré Traoré, jusqu'à présent chef d'état-major général des armées, qui hérite du job.


Troisième personnalité « dégagée » de la présidence du Faso : Djibrina Barry. Il a eu son heure de gloire sous la « Révolution » à… Paris. Il y a été ambassadeur (novembre 1986-février 1988) et a eu la rude tâche de donner une explication cohérente aux événements du 15 octobre 1987 après avoir été dans la capitale française l'interlocuteur privilégié (quasi mythique) de tous ceux qui entendaient humer, sur les bords de la Seine, le parfum exaltant de la « Révolution » sankariste. Né le 27 mai 1947 à Ouahigouya, où il fera ses études primaires (1954-1960), il rejoindra par la suite Ouagadougou et son lycée technique (1960-1967) puis Paris et sa faculté de droit et des sciences économiques (1969-1973). Licence et DES en sciences éco en poche, il va se destiner à l'enseignement et décrochera son CAPET. Il va enseigner à Ouaga au lycée technique, à l'Institut universitaire, à l'Ecole nationale d'administration, puis sera secrétaire général de la Chambre de commerce, d'industrie et d'artisanat de Haute-Volta (1975-1980).


Le 7 décembre 1980, il sera nommé ministre du Commerce, du Développement industriel et des Mines dans le premier gouvernement du Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN) du colonel Saye Zerbo puis, le 30 septembre 1982, ministre de l'Energie et des Mines dans son deuxième gouvernement. Il quittera le gouvernement lors de l'accession au pouvoir du Conseil du salut du peuple (CSP) du médecin-commandant Jean-Baptiste Ouédraogo. Après l'épisode sankariste, Barry mettra ses talents d'économiste au service du PNUD. Il est revenu sur le devant de la scène, à Kosyam, quand il a été nommé secrétaire permanent du Conseil présidentiel pour l'investissement (CPI) mis en place le 19 novembre 2007.


* Noël Ouanaza Liéhoun, Regard n° 44 du 9 au 15 août 1993.


Jean-Pierre BEJOT

La Dépêche Diplomatique





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